[Chronique] Blut Aus Nord, 777 façon de se renouveler quand tout le monde regarde vers le passé

N’y voyait là qu’une coïncidence, mais la même année que Korn mélange sa musique au dubstep de Skrillex, Blut Aus Nord s’approche d’influences similaires et perpétue le renouvellement constant de son identité en s’approchant beaucoup plus du travail de Scorn, musicien fondateur des bases du genre si populaire actuellement.

La boite à rythme, Blut Aus Nord l’utilise depuis ses débuts, mais c’est avec The Work which transforms God que son emploi pris une tournure proche de celle des musiques électroniques en mélangeant black metal et musique industriel à la Godflesh dans une oeuvre à la fois très froide et aussi capable d’une introspection aussi apaisante que menaçante dans sa conclusion, Procession of the dead clowns.

La sortie de Mort avait poursuivi le chemin amorcé dans un labyrinthe aux frontières effacés entre le black metal, l’industriel et l’ambiant. C’est ensuite sur l’EP suivant, Thematic emanation of archetypal multiplicity (soundtrack for scientists of occult synchretism) que Blut Aus Nord avait rompu la barrière qui séparait son travail de l’électronique sur des plages dénués de blast et de riffs black metal, focalisés sur une atmosphère trip hop industriel complètement atmosphérique. La porte c’était ensuite refermé pour deux disques plus intéressés par les riffs et les mélodies que par le travail rythmique, mais elle n’était manifestement pas fermé à clé car la trilogie 777 débuté en 2011, dont le dernier volet complètement ambiant est prévu pour le début 2012, reprends cette progression et continue a brouiller les frontières.

777 sects était un disque encore très black metal industriel, à la fois original et clairement influencé par Godflesh. 777 The Desanctification plonge les riffs black metal dans une succession de rythmes syncopés. La comparaison avec Godflesh disparaît alors dès la première variation et mon esprit de se tourner ensuite vers Massive Attack pour mieux rendre compte de l’évolution du groupe. On ne peut alors plus parler d’influence mais de réinvention complète pour créer l’un des disque les plus original de 2011.

Le Black metal est une sensation, pas un genre de riffs, un son ou une attitude, et cette sensation est l’essance de notre musique. Si vous pouvez comprendre cela, Blut Aus Nord sera un groupe de black metal.
- Vindsval dans un interview publié sur Invisible Oranges

Les riffs, parlons en. Le grain des guitares est le même depuis plusieurs disques et permet donc une continuité. Vindsval, maitre d’oeuvre et compositeur quasi unique du groupe, n’en a de toute façon que faire des préoccupations matériels qui peuvent intéresser les passionnés d’amplis Orange et de guitares à sept cordes. Blut Aus Nord est un projet uniquement destiné au confinement d’un studio, c’est l’expression de la musique du groupe qui le veut, et non une question d’impossibilité à reproduire leur musique, et n’est donc pas limité par la technique pour modifier tout ce qu’ils veulent pour obtenir un résultat à la hauteur de leur imagination qui déborde visiblement tant les projets à paraître son nombreux (un disque d’ambiant, un projet death metal old school…).

Clair, les guitares reflètent une luminosité d’opale noire comme si notre voyage se déroulait à bord d’une vaisseau spatiale désigné par H.R. Giger. Point de monstre et de terreur cosmique a évité durant ce trajet, pas même la cruauté des hommes en guise de menace sous jacente. Blut Aus Nord ne fait pas de la science fiction sonore comme arme de dénonciation mais de découverte d’un univers neuf et inexploré. Les références musicales se brouillent et le territoire devient vierge d’empreinte à mesure que l’on tente de reconnaître ce qui nous dépasse au gré des références insuffisantes pour qualifier ce chef d’oeuvre de créativité. Bien que sortie en fin d’année 2011, l’album aura atteint bon nombre de liste de fin d’année au côté de son confrère, et si il n’était pas sur la mienne c’est car cela aurait été mentir que d’ajouter à la dernière minute un disque que je venais à peine de découvrir. 777 The Desanctification est bien la suite logique de 777 sects et reprend ainsi la progression de Blut Aus Nord dans de nouveaux territoires sans que celle-ci ne semble s’arrêter.

En conclusion de ce disque, on a même droit à un court passage rythmé très proche du dubstep de Scorn, débarrassé de toute orientation club, le ronflement gras des basses aux rythmes syncopés rappelle que l’on peut en faire autre chose que de chauffer les dance floor.

Le site du label, Debemur Morti

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.
  1. 11 janvier 2012 à 00:43 #

    Hum, beaucoup de fautes, c’est dommage, sinon bon article. Vivement le dernier album de la trilogie… Par contre, Korn et son melange avec de la dubstep… Mouais. J’ai ecouté l’album, qui passe certes tranquillement malgré sa grosse repititivité, mais c’est seulement lorsque j’ai ecouté ce que Skrillex proposait en solo que j’ai rigolé jaune. En fait, ce nouveau Korn, c’est vraiment du korn avec Skrillex derriere eux en train de faire du boui boui, ni plus ni moins. Ridicule. Pour un nouvel album, ils auraient pu faire des efforts de composition, et pourquoi pas… composer de la musique par eux même ? Bref, c’etait la minute aigrie. Heureusement je n’ai jamais été fan de Korn, je l’aurais encore plus sentie passer…

  2. 11 janvier 2012 à 17:13 #

    Justement, c’est une autre facette de ce que l’on peut faire comme fusion avec du « dubstep ». De mon côté j’ai été fan de Korn il y a une dizaine d’année et c’est la première fois, depuis Untouchables, que je trouve que le groupe se renouvèle. Le mélange n’est certes pas bien malin mais on retrouve l’identité des deux genres, néo metal et dubstep de boite, dans les compositions.

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