[Interview] Jeff Irwin, guitariste et tête pensante de Will Haven, la bête grondante de Sacramento

Le départ de Grady Avenell avait transformé Will Haven en un groupe moins intéressé par la lourdeur que par l’efficacité de morceaux plus percutant. Les conséquences de l’entrée dans le jeu du chanteur de Red Tape, un groupe de punk / hardcore de Sacramento ou simplement un ras le bol des riffs pachydermiques? Voir dir montre qu’il n’en était rien car une fois Avenell de retour dans la formation, le son remonte d’un coup et les riffs s’écrasent encore plus fortement au sol comme à l’époque de El diablo. On y trouve toutefois moins de titre marquant à la première écoute, comme I’ve seen my fate ou Fresno sur WHVN, mais l’atmosphère est bien celle des meilleurs jours, c’est à dire les pires dans notre existence. J’ai donc taché d’en apprendre plus sur ce nouveau disque et sur l’avenir du groupe en envoyant quelques questions au grand maître à bord, Jeff Irwin, guitariste et membre permanent de la formation depuis ses débuts au côté des Deftones et de Far.

Pourrais-tu décrire le son de Will Haven a quelqu’un qui n’a aucune idée de ce qu’est le metal ou le hardcore?

Jeff Irwin : On nous pose souvent cette question et j’ai du mal a y répondre. La raison principale de mon amour pour le metal est qu’il contient tant d’émotion. Il est puissant et sans compromis. Quand j’écris de la musique, tout ce rapporte à l’émotion et aux sensations, c’est qui donne notre son, de la colère à la rage jusqu’à la tristesse et la peur. J’aime cette sensation d’inconfort et notre musique reflète cela.

Durant le mois de juin de l’année dernière, vous avez annoncés sur votre blog vos intentions de jouer à Londres et à Paris. Avez-vous toujours l’intention de tourner en Europe dans un futur proche? Quelles sont les raisons pour lesquelles vous n’avez pas pu donner ces concerts?

Jeff : Oui, notre plan initial était de donner quelques concerts en Europe après la sortie de l’album. Malheureusement, le concert à Londres fut le seul a avoir lieu. Les tournées sont difficiles à mettre en place maintenant car certains membres du groupe ont des familles, ce qui rend difficile l’éloignement pendant de longue durée. Nous devons donc nous limiter à ce que nous pouvons faire. Nous travaillons tout de même à trouver des moyens de revenir même si ce n’est que pour quelques concerts.

Avec Voir dire vous revenez à un son plus lent et plus menaçant que le dynamisme de The Hierophant. Etait-ce une décision consciente de votre part ou est-ce venu naturellement?

Jeff : C’est venu naturellement. Je savais que je voulais écrire un disque très lourd et sombre, mais à part cela j’ai juste pris mon temps pour écrire les morceaux. Avec The Hierophant nous sommes rentrer en studio très rapidement. Pour Voir Dire, nous avons pris quelques années pour travailler les chansons et les amener à un point où nous savions qu’elles ne pouvaient pas être meilleures, ce qui a donné un processus long mais amusant pour créer ce disque. J’étais complètement satisfait une fois que nous avons fini de l’écrire.

Bien que le titre de l’album soit en français, pourrais-tu nous dire ce qu’il signifie pour toi?

Jeff : Je laisse Grady (chanteur du groupe) s’occuper des titres d’albums et de chansons. Il a généralement de bonnes idées. Voir Dire recouvre beaucoup de sens mais pour moi, si tu prends la définition du dictionnaire, qui est « dire la vérité », alors c’est ce que je retiens. Pour moi, cela correspond à notre groupe car nous restons honnêtes vis à vis de notre musique et de notre art. Nous ne sommes pas de grands musiciens et nous n’essayons pas de l’être non plus. Nous faisons ce que nous faisons mais nous mettons tout notre coeur dedans. Will Haven reste aussi sincère que possible, nous l’avons toujours été et nous le serons toujours. Nous sommes très fiers de cela.

Il y a eu pas mal de changement au sein de Will Haven ces dernières années, pourrais-tu nous en parler?

Jeff : C’est venu de l’ajout d’un autre guitariste pour que toutes les parties puissent être jouer sur scène. J’ai toujours aimé les groupes qui pouvaient retranscrire live ce qu’ils jouent en studio, donc nous avons ajoutés un autre guitariste pour que je puisse jouer toutes les parties que j’avais enregistré. Les deux premiers guitaristes que nous avons emmenés avec nous en tournée étaient dans d’autres groupes,donc ne pouvaient pas intégrer la formation. Après, Grady est parti du groupe pendant l’écriture de the Hierophant donc nous avons du nous demander si nous allions continuer ou non, et c’est là que Jeff Jaworski est entrer dans le groupe pour finir l’album, puis ensuite Grady est revenu un peu de temps après. Enfin, dernièrement notre bassiste originel, Mike, a déménagé, donc nous avons demandé à Chris (Fehn, percussionniste de Slipknot) de rejoindre le groupe pour jouer de la basse. Donc oui, il y a eu pas mal de changement ces dernières années mais tout ceux qui ont participés au groupe font parti de notre famille depuis longtemps, donc c’est resté amusant d’emmener tout ces amis sur la route avec nous pour jouer de la musique.

Avez-vous été influencés par un groupe ou un musicien en particulier pour avoir ajouter un joueur de clavier au groupe?

Jeff : Non, pas vraiment. J’ai toujours expérimenté avec de l’orgue et du piano depuis WHVN (deuxième album du groupe). J’en ai rajouté beaucoup plus sur Voir dire car je voulais le rendre plus sombre et lui donner une atmosphère sinistre que je recherchais. C’est donc quelque chose que j’ai toujours ajouté à nos albums. Je trouve même que sur Voir Dire ce n’est pas si remarquable, mais cela donne une atmosphère intéressante. Mais bien sur, puisque c’était sur le disque, j’ai ressenti le besoin de reproduire cela en concert, c’est donc pour cela que j’ai demandé à mon ami Adrien de jouer ces parties en concert. J’ai la chance d’avoir des amis musiciens talentueux.

D’où proviens le sample à la fin de Lives left to wither?

Jeff : Cela fait des années que je collectionne des samples. Celui-ci je le tiens d’un ami qui a enregistré des personnes en train de lire des livres. Il y a quelques années j’ai juste commencé à assembler ces samples pour en créer de meilleurs, ce qui donne un mélange d’extraits, de bout d’orgue et de guitare que j’ai ajouté par dessus pour en faire mon propre sample. J’ai toujours voulu les utiliser mais je n’ai jamais trouvé que cela correspondait à notre musique jusqu’à présent, mais sur cet album ils correspondaient très bien et donnaient une atmosphère différente.

Avez-vous prévu de produire un autre clip pour une chanson plus longue extraite de Voir Dire?

Jeff : Nous venons de finir de filmer un clip pour When the walls close in avec Brad Oates. Il devrait sortir dans quelques semaines car il a été filmé comme une sorte de film donc le montage va prendre plus de temps, mais ça devrait être intéressant. Je pense que notre incapacité à tourner nous donne en revanche plus de temps pour faire des vidéos ou d’autres choses du genre. Après celui-ci, nous allons commencer à travailler sur un autre. Je suis tout de même impatient de voir le résultat, l’atmosphère était terrifiante rien que pendant le tournage.

Pensez-vous jouer des chansons de The Hierophant en concert puisque Grady n’a pas chanté sur cet album?

Jeff : Non, nous avons déjà une assez grande quantité de chanson donc nous ne ferons surement rien de The Hierophant. Je ne pense pas que Grady aime jouer les chansons des autres donc nous ne jouerons surement rien de cet album. Peut-être qu’un jour nous ferons un concert spécialement sur cet album et Jeff chantera, mais pas Grady.

Dans un interview pour The Quietus, Grady Avenell parlait de nouvelles chansons en train d’être écrite. Avez-vous déjà l’intention de retourner en studio? Avez-vous déjà l’intention d’explorer de nouveaux territoires musicaux particuliers?

Jeff : Oui, j’écris tout le temps, et comme nous ne tournons pas ça me donne le temps de travailler sur de nouveaux morceaux. J’ai donc six titres de déjà écrit. Je suis plutôt excité car Voir Dire a ouvert pas mal de portes pour moi musicalement, donc même ces nouveaux morceaux me semblent plus sombres. Je suis donc excité de voir ce que nous allons créer après car avec cet album je sais que nous ne sortirons pas du studio tant que tout ne sera pas complet. Je veux continuer à explorer l’atmosphère que nous développons tout en essayant de l’emmener ailleurs. Nous verrons bien où cela nous amène mais nous sommes enthousiastes.

Quels sont les artistes avec lesquels tu penses avoir une connexion artistique en dehors de la musique (que ce soit en bande dessinée, dans la peinture, le cinéma, l’écriture, etc…)?

Jeff : C’est une bonne question. Je pense me sentir proche des gens qui tentent de créer leur propre univers, ou de faire avancer les choses, comme Spielberg à ses débuts ou Tarantino aujourd’hui. J’aime les films qui repoussent les limites et te font ressentir quelque chose. Des artistes comme Escher m’impressionnent toujours, ainsi que les artistes qui arrivent à retranscrire des idées de façons visuels. Donc pour moi ce serait quiconque s’approprie à sa façon une idée, et c’est ainsi que tout l’art devrait être.

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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