Même lors des concerts les plus énergiques, il y en a toujours plus malin que les autres, plus blasé que les autres. On le trouve sur le côté de la scène, assez proche des musiciens pour qu’on ne puisse pas le louper. Il reste là, les bras croisés. Il ne sortira pas de la salle car il a envie d’être « convaincu » mais il ne changera pourtant pas l’avis négatif qu’il s’est fait à la première note pour une raison parfois bénigne. Ce connard, cet emmerdeur, c’était moi au concert de Hierophant à la Miroiterie quand les italiens ont abattus le tonnerre sur le parterre de spectateurs venus applaudir Deafheaven et Celeste.
A la sortie de ce concert je m’étais fait une idée un peu étrange basé sur le mélange de riffs lourds et d’une rythmique énergique que ce groupe emprunté à la fois à Converge et à Will Haven. En réalité, maintenant que la découverte de leur album dans les bacs à soldes de MusicFearSatan (ça sert à ça de profiter des petits prix, revoir son opinion sur des groupes que l’on a trouvé pas si mauvais que ça) m’a permis de revoir mon opinion, je peux donc vous dire que j’étais à moitié dans le faux.
Ce que Hierophant réussit a mélanger, c’est à la fois une rythmique, certes Convergienne, mais que l’on assimilera plus facilement à la vague de groupe influencé par Trap Them, et des riffs plus orienté postcore, tout en restant très intense, dans lequel se pointe une filiation avec les défunts canadiens de Buried Inside, eux aussi capable de faire tonner la foudre sur le public.
L’album est introduit, segmenté et conclut par trois morceaux censés introduire un concept lié au jugement divin. Le problème, c’est que quand on ne comprends strictement rien aux paroles placés trop en retrait dans le mix, il y a peu de chance pour que celui-ci accentue quoi que ce soit. En revanche, la pochette correspond très bien à l’image que renvoi le groupe : brumeux, tumultueux et zébré de quelques instantanés de lumière qui, loin de ramener un peu d’espoir, ne font qu’accentuer l’impressionnante. Loin pourtant d’égaler la violence de leur concert, ce premier album éponyme annonce une carrière basé sur l’intensité.
Batterie martelé arrêt, riffs joués avec de sévères coups de médiator soutenu par un jeu de basse tout aussi pesant, et enfin une voix beuglé à plein poumon qui ne fait que rajouter encore plus de chaos. Les écoutes successives révèlent toutefois progressivement toutes les qualités des riffs et loin de se laisser domestiquer l’atmosphère de l’album devient beaucoup plus efficace, au contraire de leurs ainés de Trap Them dont le mélange Entombed/Rock and Roll/Converge a fini par se faire plus catchy sur le néanmoins excellent Darker handcraft. Les nostalgiques de l’époque de Sleepwell deconstructor vont pouvoir retrouver la même intensité mais accentué par des riffs fait pour annoncer la colère des dieux, le tout avec la promesse d’un futur encore plus démoniaque.
L’album éponyme de Hierophant est disponible en CD chez Demons Run Amok Entertainment
Ce morceau est en téléchargement sur leur page bandcamp































