Revenons rapidement sur la carrière de Sigh. Découvert par Euronymus, le groupe japonais devait être l’un des premiers a être édité par son label, Deathlike Silence. Le destin tragique du guitariste de Mayhem fut tout autre mais le nom de Sigh fut donc annoncé au monde entier comme le premier groupe de black metal japonais. Ensuite, c’est l’ascension vers les hautes sphères de la créativité et leur découverte des champignons hallucinogènes qui transportent le groupe, et plus particulièrement son leader et compositeur, Mirai, vers le rock progressif sur l’album Imaginery soniscapes. Le groupe lâche la bride et se décolle du black metal pendant un temps avant d’y revenir sur les grandiloquent Hangman’s hymn et Scenes from hell à l’orchestration baroque. De plus, le groupe a été rejoint par une chanteuse/saxophoniste/compagne de Mirai depuis ce dernier disque et dont la contribution aux concerts rajoute encore plus de bizarreries grâce à ses ailes d’ange et son attitude de pop star des enfers.
Contrairement à Scenes from hell dont les compositions étaient quasiment impossibles à reproduire fidèlement en concert de par le nombre d’instrument nécessaires, In Somniphobia prend d’abord son contre pied pour revenir vers le rock progressif à la King Crimson. Les guitares s’envolent vers des mélodies heavy. L’entrée en matière fait figure de parcours épique sur les routes de l’aventure. Chaque solo de guitare, de Moog (note : clavier utilisé surtout dans les années 70) et de saxophone ajoute sa touche glorieuse à des compositions entre King Crimson et Venom (pour les riffs heavy et la voix rauque).
L’album prend toutefois une tournure beaucoup plus mystérieuse à la troisième plage qui introduit l’entrée dans le marché représenté en couverture. Le mélange de clavier, de guitare électrique et de mélodies moyennageuse donne une ambiance de cabaret Steam Punk. Imaginez que vous entriez dans un bar pour y découvrir un spectacle où se croiseraient Dita Von Teese et le Dr Horrible. Les guitares partent alors au second plan et sont remplacés au poste de chef d’orchestre par du clavier. Très fouillés, les morceaux évoquent des spectacles complexes conçu pour illustrer la découverte de ce nouveau territoire onirique.
Le tournant suivant se fait au septième titre, Far beneath the in-between quand on quitte le cabaret pour la fête foraine. En un pas on franchit la porte du théâtre burlesque pour s’aventurer dans les avenues sombres et clinquantes d’un parc d’attraction maléfique. La musique et l’ambiance me rappelle alors celle de la Masquerade infernale d’Arcturus et quelques accélérations rythmiques rappelle l’héritage black metal du groupe. Pour autant, les guitares ne retournent pas au premier plan pour laisser de l’espace à une orchestration complexe fait de son éparses. Le voyage dans les allés de cette ville entre plusieurs mondes ne s’arrête pas à une seule dimension et chaque couche de son contribue à ce décors parasité par plusieurs univers. On a même droit à un peu d’accordéon à la fin de Amongst the phantoms of abandoned tumbrils. L’appararition surprenante de cet instrument atypique dans un groupe de rock permet de recentrer le parcours dans une sorte de taverne avant que ne tinte autour de nous des claquement de cymbales qui annonce l’entrée dans une nouvelle pièce, la dernière a visité durant cette aventure.
Les deux derniers titres retournent à une dimension un peu plus rock jusqu’à Equale et une introduction à la guitare façon Santanna. Les paroles du refrain évoquent une confrontation dont l’issu ne semble pas laisser le bien triomphant. Les dernières notes s’échappent et le disque se conclut admirablement. Le voyage aura duré une heure pendant laquelle Sigh aura réussi à créer un univers indéterminé et pourtant très cohérent musicalement. Les transitions entre les différentes atmosphères peuvent déconcerter mais se font beaucoup plus logique au fil des écoutes. In Somniphobia est un disque qui demandera du temps. Du temps et de l’attention. Deux denrées rares et précieuse contre lesquels vous serez rétribués par une aventure merveilleusement folle comme seuls les rêveurs les plus inspirés sont capables.
In Somniphobia est disponible en CD et en vinyle et disponible chez Candlelight































