Malgré ma passion pour le cinéma japonais, je n’avais encore jamais vu de film de Koji Wakamatsu, l’un des papes du cinéma transgressif, à l’engagement politique de gauche très marqué. Le voir traité un personnage fort du nationalisme japonais avait donc de quoi surprendre, d’autant plus pour une première approche de son cinéma.
11:25 est donc une biopic sur la fin de la vie de Yukio Mishima, poète japonais de renom. Très affecté par la défaite du Japon après la seconde guerre mondiale et par la perte de l’autonomie de son pays, il craint la chute dans l’idéologie de gauche et ce que la déchéance de l’Empereur va entraîner.
Il trouve alors dans les forces paramilitaires japonaises, seul entité encore autorisé à s’entraîner au combat, l’espoir d’un soulèvement par les armes contre la domination américaine et d’un retour de l’Empereur à la tête du pays. Il fait aussi la rencontre d’un groupe de jeunes étudiants sensible à sa cause qui vont l’accompagner dans sa campagne pour donner au Japon un nouvel espoir.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un cinéaste aussi inventif que Wakamatsu, 11:25 est un film très sobre dans sa réalisation, presque proche du téléfilm. L’action se concentre sur un groupe de personnages principaux et seul quelques personnages n’apparaissent qu’à un seul moment (lors du débat avec les étudiants communistes par exemple). De même, Wakamatsu semble partager avec Mishima cette passion pour le Japon qui a emporté le poète dans la mort.
L’interprétation de ce personnage complexe par Arata Iura lui rend hommage grâce à un jeu mesuré, même vers la fin du film quand le désespoir de Mishima atteint son paroxysme. La lueur de folie dans cette histoire se trouve dans les yeux de l’étudiant le plus passionné qui l’accompagne jusque dans la mort. Sans jamais prendre une tournure sexuelle, la relation entre les deux hommes est mue par leur passion pour leur pays. C’est cette énergie qui donne à l’ambition nationaliste des protagonistes une dimension plus touchante que le discours nostalgique et naïf classique des représentants contemporains de cette vision du monde.
Sans adhérer à l’idéal du poète, Wakamatsu retranscrit avec justesse et intelligence les quatre dernières années de la vie de Yukio Mishima. De son désintérêt pour la littérature et de son immersion dans l’univers militaire jusqu’à sa désillusion et son suicide après avoir tenté l’impossible en s’adressant au soldat lors d’une prise d’otage. Les faits historiques sont déjà connus mais Wakamatsu leur donne une dimension humaine passionnée nécessaire. Un film a réserver cependant aux passionnés de l’histoire du Japon de par sa sobriété visuelle un peu décevante de la part d’un cinéaste avant gardiste.































