Quand on habite en banlieue, on attends patiemment le débuts des concerts et on profite de suite de l’ouverture des portes pour ne pas traîner dans le froid.
Quand on habite sur Paris, on se dit qu’on a le temps de faire un allé / retour jusqu’à chez soi. Que l’on ne risque pas d’arriver en retard. Que ça commence toujours un peu tard.
Et puis on loupe la première partie.
Je n’ai pas vu de mes propres yeux, ni entendu de mes propres oreilles, le concert de Incoming Cerebral Overdrive, groupe italien entre postcore et math rock, mais voilà ce que deux personnes m’on dit après coup :
Ca joue super bien mais le chanteur a une voix horrible.
Voilà aussi leur site officiel pour vous faire votre propre idée.
J’arrive donc dans la salle avec le début du concert d’Ufomammut mais l’absence de première partie d’échauffement ne me dérange pas pour rentrer facilement dans leur mélange de doom et de postcore. Le premier titre introduit doucement la soirée avec un groove entraînant et répété de nombreuses fois sans entrainer la lassitude. C’est là une des marques de fabrique des meilleurs groupes du genre de savoir faire tourner un riff de façon hypnotique sans ennuyer l’auditeur, et à ce petit jeu les italiens d’Ufomammut se débrouille très bien.
Une fois l’intro terminé, le premier véritable morceau de la soirée débute et c’est la grande plongée dans le psychédélique lourd et entraînant. Des aliens et des mammouths? De l’hallucination en veux tu, en vla. Le son est gros, la section rythmique fait rouler le tout avec un groove pachydermique. Reste plus qu’à la guitare et à la voix de recouvrir tout cela d’une bonne dose de mélodies enfumés et on a notre ticket pour voyager dans les étoiles.
Le groupe interprète l’intégralité de son dernier album, Oro : Opus alter, mais ne s’arrête pas ensuite pour embrayer directement sur d’autres morceaux, dont certains extraits de Idolum, pour totaliser un concert d’un peu plus d’une heure. Pour un genre qui varie aussi peu les riffs, c’est beaucoup, mais quand on a affaire à des artisans en pleine possession de leurs moyens, le spectacle se consomme sans lassitude.
La soirée devait originellement se terminé avec Ufomammut mais la préfecture de police du dixième arrondissement en a décidé autrement en ordonnant la fermeture du Point Ephémère, salle de concert mythique situé au 190 Quai de Valmy, suite à une agression à l’encontre d’un client. Les faits sont encore peu clairs sur les évènements mais la police, dans sa grande clairvoyance, a préféré fermer l’établissement d’où provenait la victime car ce serait aussi le lieu où se trouvait son agresseur. Personnellement, je ne comprends pas trop la logique derrière cette décision, mais ces messieurs et ces dames doivent en savoir plus long sur la question que moi.
Il a donc fallu venir à la rescousse des concerts prévus là bas jusqu’au 27 pour permettre aux artistes de jouer et au public de venir les écouter.
L’écoute, c’est une grande qualité que certains oublient trop souvent.
Merci donc à l’équipe du Glazart d’avoir pu réagir aussi vite pour permettre à Oxbow et son orchestre de se produire et de nous donner un spectacle inoubliable.
Après un set tout en lourdeur, le noise rock matinée de jazz de ces américains allait forcer trancher avec le début de soirée, mais comme ce quatuor ne sait jamais faire comme tout le monde, ils se sont transformés en duo pour accueillir dans leurs rangs un second guitariste, un claviériste, trois violonistes, une violoncelliste, une chanteuse, un trompettiste et deux trombones.
Les instruments classiques sur des compositions rock, c’est du déjà vu, mais pas quand le chef d’orchestre se nomme Niko Wenner et se trouve être l’un des musiciens les plus remarquables de sa génération. Avec une telle assemblée, le duo Oxbow réinterprète des morceaux de The narcotic story (The geometry of business, She’s a find) et d’autres plus obscures, ainsi que de nouvelles compositions. Le claquement de la batterie est remplacé par une atmosphère de bar jazzy torturé par les hurlements d’une guitare battus à coup de contre temps et de dissonance. S’ajoute à ce mélange de notes les gémissements et le ton menaçant d’un Bizarro Frank Sinatra.
L’original est blanc, lui est noir. L’original séduit avec sa voix suave, lui excite avec ses hurlements d’animal. L’original tient la scène comme une femme tiens son enfant, lui semble être tenu par la scène mais ne perd pas pour autant l’attention du public. Au contraire, Eugene Robinson fascine par sa narration possédée et reste le seul élément d’origine dans cette réinvention musicale.
Niko Wenner vient cependant poser d’une voix claire et puissante quelques lignes de chant sur tout un autre et montre ainsi une facette de son talent que j’ignorais complètement. L’un des plus beaux moments de la soirée.
Alors, certes, il y en a toujours pour parler dans le fond, et empêcher les plus studieux de se plonger intégralement dans la musique, mais il faut reconnaître que malgré cela le son était impeccable pour un concert aussi étrange et difficile à sonoriser.
Il y aura t’il un disque a l’issu de cette tournée? Les absents auront-ils l’occasion de s’extasier devant ces réinterprétations. Je l’espère bien mais rien n’est jamais sur avec Oxbow. Ils auront laisser cependant une trace remarquable dans les oreilles des auditeurs attentifs de cette soirée fait d’imprévu. Merci à la préfecture? Surement pas. Mais merci au personnel du Glazart et du Point Éphémère de s’être unis pour que cette soirée ait lieu.

































