[BD] La survie de l’espèce – L’humour au service de l’économie?

Un chercheur rencontre un dessinateur de Bande Dessinée. Ensemble, ils créent une BD pour raconter la crise d’un point de vue critique. Critique, mais pas seulement. Le dessinateur a le trait influencé par des grands noms du Fluide Glaciale comme Maester et puis surtout Carlos Gimenez, et ça tombe bien car notre scénariste ne voudrait pas traiter d’un sujet grave avec trop de sérieux. Il a besoin d’humour, d’ironie, de cynisme même pour pouvoir intéresser son lecteur.

Pour atteindre son but, les deux auteurs emploient la caricature souvent grossière pour parler du fonctionnement de la crise. Le capitaliste est le petit bonhomme au chapeau haut de forme du Monopoly, le trader a un masque de hockey comme Jason de Vendredi 13 et le jeune a une casquette. Soit. Quand au petit peuple, il est représenté sous la forme d’un bonhomme Lego. Déshumanisé, froid, limité dans ses mouvements.

Les images sont bien choisit. Les blagues beaucoup moins.

Faire rire est un exercice périlleux. Informer l’ait tout autant. Mêler les deux relève du casse tête chinois. Peter Bagge excelle en la matière quand il dessine ses articles pour le magazine Reason. Il est même arrivé à me faire comprendre pourquoi tant d’américains étaient accrochés au droit d’avoir des armes a feu (un article en BD à lire dans le recueil Everyone is stupid except for me : And other astute observations). Mais pour expliquer l’économie, Paul Jorion (le scénariste) et Grégory Maklés (le dessinateur) ne se débrouillent pas très bien.

Ce n’est pas que leur histoire est mal incompréhensible ou que leur argumentaire est imbuvable. Bien au contraire, le tout est très facile à comprendre car même si l’on ne comprends rien à l’économie, l’auteur use de tant de lieux communs propre à la critique gauchiste du capitalisme que l’on s’y retrouve très facilement. Voir même un peu trop. J’ai beau être plus de gauche que de droite, j’ai eu envie de rouler des yeux à de nombreuses occasions quand je sentais que l’auteur succombait à des facilités pour expliquer le système qu’il dénonce.

Il manque a son histoire un contre argumentaire. Une voix qui donnerait une perspective plus raisonné au capitalisme. Un semblant de débat qui ferait réfléchir le lecteur. Au contraire, La survie de l’espèce ressemble parfois à un voyage au Café du commerce où l’on croirait entendre des « Salauds de patron » à chaque coin de page.

Au delà de l’aspect idéologique, la narration graphique est bien maîtrisé par Grégory Makles. L’auteur n’a que peu de titres encore à son actif mais il maîtrise bien les clés d’une histoire constitué de nombreuses démonstrations que son trait anime d’angles et de mimics variés pour des personnages toutefois très stéréotypés puisqu’ils représentent chacun un archétype.

Alors même si l’humour n’est pas le point fort de ce volume, il reste informatif, cohérent et intéressant. Il a aussi le mérite de se trouver dans un creneau qui ne souffre pas (encore) de la surpopulation et trouvera donc facilement son public.

La survie de l’espèce est édité par Arte Editions et Futuropolis

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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