[Comics] March de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell – Les premiers pas vers la fin de la ségrégation

A 73 ans, John Lewis scénarise son premier comics. Vous l’excuserez, il reprèsente la Georgie au Congrès des Etats-Unis et fait parti des six leaders du mouvement des droits civique au côté de Martin Luther King. Son emploi du temps était donc un peu chargé jusqu’à présent mais il a choisi de collaborer avec Andrew Aydin (dont c’est aussi le premier comics) , son assistant actuellement chargé des questions relatives aux médias et à la technologie, et le dessinateur Nate Powell, auteur de Swallow me Whole et musicien dans plusieurs groupes de punk. Ce trio surprenant réalisé ici le premier volume de la biographie du sénateur John Lewis et de l’histoire du mouvement des droits civiques.

marchbookone_softcover_lg

Le 28 Aout, le Time célébrait les cinquantes ans du discours mythiques de Martin Luther King à Washington. Le chemin vers ce moment historique a été raconté par de nombreux témoins mais on le découvre ici pour la première fois par les yeux et l’évolution d’un jeune homme élevé dans une ferme de l’Alabama. John Lewis y raconte son éveil à des questions moral par son besoin de protéger les poules qu’il élève et son refus de les manger à table une fois que ses parents les ai tués. Plus tard, lors d’un voyage avec un oncle dans un autre état, il se rend pleinement compte de la discrimination envers sa famille et ses semblable quand on le traite comme n’importe quel client dans un magasin. Il va alors vouloir rejoindre le mouvement de rebellion qui s’élève contre la ségrégation raciale.

March est non seulement le récit de la vie d’un homme mais aussi d’un mouvement dont l’impact se ressent encore aujourd’hui dans des affaires tragiques comme celle du jeune Trayvon Martin. La tension entre les hommes de différentes couleurs de peau, la xenophobie et la haine. Pour se faire, les auteurs use d’un stratagème très simple : celui de la rencontre du sénateur avec deux jeunes enfants à qui il raconte sa vie et ses rencontres. March se développe donc tantôt comme une auto-biographie illustré, tantôt comme une bande dessinée normal où des scènes marquantes sont mis en scène comme la première rencontre entre Lewis et Martin Luther King.

0820_march-interior1

Malgré l’omniprésence de la voix du narrateur, les pages de Nate Powell témoignent de la tension omniprésente lors des actions non-violentes. Une scène dans un restaurant où les activistes, tous noirs, venus s’asseoir pour tenter d’être servis, n’obtiennent qu’en guise de réponse qu’un panneau « Pas de service au comptoir » montre les visages perlés de sueurs d’hommes et de femmes ne désirant qu’être de si,mple client tandis qu’un large espace envahis par l’obscurité les sépare de la porte de sortie. Une distance ridicule qui parait pourtant si grande, vers laquelle on les précipite à cause de la couleur de leur peau. L’apprentissage de la non-violence est aussi l’un des moments les plus marquant de l’histoire. J’ai beau être familié du concept, l’entrainement des membres à ne pas perdre contrôle d’eux même face à des agressions physique et verbal montre bien tout le courage nécessaire à l’application d’une telle théorie pour obtenir gain de cause.

Le trait de Powell évoque très particulièrement les pages de Mike Huddleston dans Deep Sleeper et the Coffin (ses deux histoires avec Phil Hester au scénario) par la rondeur et le volume des visages des personnages. Quand à son habilité à representer un large panel d’émotion, elle rappelle les traits légers et précis de Matt Kindt (rEVOLVEr, Mind MGMT).

De son enfance à son adolescence, March raconte le début de la vie d’un activiste essentiel dans l’histoire des Etats-Unis. Bien que dominé par le texte de son auteur, Nate Powell réussit à apporter une contribution essentiel à ce récit illustré grâce à une alternance constante entre des scènes marquantes dans de large cases, voir de pleines pages, et des actions plus anodines, dans de plus petites cases, afin d’inspirer du mouvement et de la temporalité. March brille par la richesse du récit et les grandes qualités de son illustrateur pour obtenir une oeuvre authentique et riche en enseignement.

March est édité par Top Shelf et disponible chez tout vos libraires comics

Tags: , ,

Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

Répondre