[BD] Art Spiegelman préside le festival d’Angoulême et parle de BD

Je ne suis jamais allé au festival d’Angoulême par manque d’intérêt pour la production francophone de ces dix dernières années dont je ne retiens que les noms de Chauvel, Jodorowsky, Larcenet, Andreas et Boucq, alors que serais-je allé faire à une conférence de presse pour la trente neuvième édition de celui-ci? La raison se résume en deux mots : Art Spiegelman (Maus, Breakdown,…). Nominé au poste de président de cette nouvelle édition, l’homme a juré de prendre cette responsabilité plus au sérieux que son prédécesseur américain, Robert Crumb, coincé entre sa chambre d’hôtel et les brocantes durant son séjour au festival qu’il était censé avoir aidé à organiser.

Petite présentation de divers évènements

Parti de ce précédent, Spieglman ne pouvait que faire mieux en répondant à quelques questions mais il a décidément décidé de s’investir dans ce projet avec la mise en place de nombreux évènements en collaboration avec la ville d’Angoulême, les organisateurs et les nombreux partenaires du festival (SNCF, Caisse d’Epargne, Fnac, Esprit BD, GDF Suez,…).

A l’occasion de cette nouvelle édition, des expositions tournés vers l’international ont été organisés avec comme invité l’Espagne, la Suède et Taïwan. A ce sujet, l’ambassadeur de ce dernier a fait preuve d’un enthousiasme débordant pour son pays comme je n’en ai jamais vu de la part d’un diplomate, espèce que j’aurais plutôt imaginé réservé. Après avoir demandé au par terre de journaliste de répéter le mot Manwha tous en coeur en les menaçant de continuer a tenir le micro pendant plusieurs heures, il a fait part de son enthousiasme a partager avec le public français les talents de son pays, d’autant plus que vous pourrez venir le visiter sans Visa à partir du mois de janvier!

Dans la continuité de cette orientation au delà des frontières, l’exposition l’Europe se dessine voit la naissance du personnage d’Iris, crée et dessiné par Berberian, pour permettre une cinquantaine d’auteurs européens de donner leur vision de cet espace géographique et politique si malmené actuellement par la crise et les sanctions prises à l’égard de la Grèce et de l’Italie.

Au delà des entités géographiques, le festival d’Angoulême et son président vont rendre hommage a plusieurs auteurs et créations avec une exposition Hervé Di Rosa (voir ci dessus), Fred et son personnage Philémon, l’Ours Barnabé, Vincent Sardon, la maison d’édition les Requins Marteaux, et bien sûr son président, Art Spiegelman, qui a droit à une exposition qu’il a conçu en collaboration avec les organisateurs de façon a présenter d’une manière intelligente son travail (d’après lui, elle ressemble a un super marché, ainsi pour venir voir ce que vous connaissez tous, des planches de Maus, vous devrez passer devant tout le reste de sa production).

Entretien avec Art Spiegelman, ou Comemnt être tremper d’une pluie d’intelligence

L’interview de ce dernier justifia totalement ma présence en ces lieux car l’homme a toute l’intelligence et la sagacité que l’on peut imaginer pour avoir crée l’une des bande dessinées les plus marquantes de son histoire (Maus) et révolutionné son art (durant toute sa carrière, en commençant par le magazine Raw fondé avec sa femme Françoise Mouly). Grâce a l’interview qu’il donna ce jour, nous apprîmes entre autre qu’il était « joyeusement désorienté » par les évolutions de la bande dessinée moderne, une excellente nouvelle de la part d’un veilleur aussi important du neuvième art, car tout évolue actuellement dans la direction des déchets sauf la bande dessinée.

La raison de cette excellente santé de la bande dessinée se trouverait, selon lui, dans la nature même de cet art entre le graphisme et l’écriture qui conviendrait beaucoup à l’esprit humain. Il compte d’ailleurs bien explorer beaucoup plus cette question puisque son intérêt pour les neuroscience sera le sujet de sa prochaine collaboration avec un spécialiste pour décoder comment la bande dessinée est elle interprété par notre cerveau. Son avenir sera donc fait de surprise et de découverte puisqu’il nous promet une évolution à la James Joyce vers beaucoup plus d’abstraction indigeste à l’instar de la transition du romancier des Dubliners à Ulysses jusqu’à Finnegans wake. Une seule certitude pour le moment : il ne fera jamais plus de rétrospective!

De son rapport ambigue avec l’oeuvre qui l’a fait connaitre et continue de le hanter au détour de chaque question, Maus, Spiegelman dit avoir écrit son dernier livre, Meta Maus, afin de ne plus avoir à répondre à aucune question à ce sujet. Une adaptation cinématographique est aussi hors de question, pour le moment, car il n’exclue pas de vendre les droits si jamais il se trouvait avoir de gros problèmes d’argent ([1]voir plus bas).

Bien que président et présent sur les lieux du festival, il n’accordera pas d’interview mais interviendra durant certaines conférences auquel il a convié des auteurs et amis comme Chris Ware (The ACME Novelty Library) ou Paul Gravett pour une conférence sur la revue Raw. Il entend aussi travailler avec sa femme sur la promotion de la bande dessinée aux enfants car après avoir travaillé à faire lire des bande dessinées aux adultes il compte bien faire lire les enfants car, comme il le dit, « les comics sont une porte d’entrée à la littérature » (« comics are a gateway drug to litteracy »).

Les partenaires et la farandole des prix

Le festival d’Angoulême permet à divers entreprise de démontrer son intérêt pour la bande dessinée et toutes ont eu des idées pour en faire la promotion en commençant par la Caisse d’Epargne, partenaire historique de l’évènement, qui a commandé deux modèles de carte bleu à des dessinateurs : Pénélope Bagieu et Marc Antoine Mathieu, ainsi qu’une exposition du concours de la BD scolaire durant le festival et une sélection patrimoine avec dix oeuvres faisant partie de l’histoire de la bande dessinée.
La SNCF, en plus de proposer un Espace BD Polar a crée un prix de la BD Polar avec dix titres de sélectionnés dans cette catégorie. Malabar s’invite aussi au festival pour présenter sa nouvelle mascotte qui avait crée la controverse sur les réseaux sociaux avec des activités pour les enfants qui n’ont surement rien à faire de la disparation d’un bonhomme avec de gros biscotaux tant qu’on les laisse mâcher tranquillement.

Et enfin, les nominés sont…

La sélection des nominés est disponible sur le site du festival. Parmi celle-ci je remarque la présence de 3″ de Marc-Antoine Mathieu, l’un des créateurs français les plus intéressant et originaux de notre époque, le deuxième volume de la traduction d’Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi, l’auto biographie du mangaka à qui l’on doit l’avènement du manga réaliste, l’Armure du Jakolass de Larcenet où l’auteur de Blast et de Bill Baroud s’approprié l’univers de Valérian, L’ïle au cent mille mort de Fabien Vehlmann et de Jason, Mister Wonderful de l’américain Dan Clowes (Ghost World), roi de l’histoire réaliste et mordante, ou encore Habibi, la dernière BD de Craig Thompson qu’il me tarde de lire.

Merci à EspritBD pour l’invitation à cette conférence.

[1] Pour être exact, Spiegelman répondit à cette question en expliquant qu’il gardait un exemplaire de Maus chez lui sous verre avec la mention « A ne briser qu’en cas de grave problème économique »

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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