[Live Report] Brutal Assault 2011 : La République Tchèque aime le metal part 02

Après s’être couché d’assez bonne heure, on peut décemment recommencer les hostilités au petit matin pour aller voir Cannabis Corpse à 10H30. La nuit a été calme dans le campement de fortune que nous avons constitué avec mes deux camarades sur un parking habité majoritairement par des polonais venus en voiture pour assister au festival (la frontière polonaise est à une quarantaine de kilomètre d’ici). Le réveil se fait généralement vers 7H du matin avec les premières explosions de double grosse caisse dans les sonos d’à côté mais il n’est pas bien compliqué de retrouver ensuite le sommeil à la faveur du reste de somnifère absorbé avant de se coucher. Enfin, quand l’oeil se fait agile, on peut se préparer et laisser les pieds prendre le chemin bien connu du festival et faire la queue en attendant que les vigiles aient fini de contrôler brièvement sac et pantalons.

Il y a déjà du monde aussi tôt pour voir les allemands d’Excrementory Grindfuckers faire leur numéro de cirque musicale durant lequel je retiens surtout en conclusion une version grindcore du Final countdown d’Europe au refrain blasté pendant qu’une trompette reproduit la fameuse ligne de clavier qui a fait d’Europe ces mega star que l’on connait si bien… pour ce seul morceau.

Le nom de Cannabis Corpse inspire aussi le même degré de comédie mais leur musique est pourtant plus « sérieuse ». Petit groupe de death metal américain où l’on retrouve le bassiste des trasheurs crossover de Municipal Waste, Cannabis Corpse parodie les titres des morceau de Cannibal Corpse avec des références à la marijuana. Gallery of suicide devient Gallery of stupid high, Fucked with a knife devient Fucked with Northen Lights, etc… Musicalement, on retrouve tout ce qui faisait le charme des débuts du groupe avant qu’il ne tombe dans le brutal death technique et froid. Riffs gras, voix d’outre tombe et variation rythmique allant d’un tempo rapide a des ralentissement. Du death metal comme on en faisant dans la cave de votre grand-mère avec toujours autant de charme si ce n’est un manque de charisme de la part du groupe qui l’empêche de me réveiller définitivement. Néanmoins un bon moment a renouveler en salle un de ces soirs.

Dordeduh ne réussit pas non plus a me faire sortir de ma torpeur mais leur black metal pagan très influencé par Negura Bunget se laisse écouter. Gros problème cependant du côté de la batterie et de son manque de groove qui rend les transition entre passage black metal et ralentissement mélodique peu cohérent. Your Demise enchaine ensuite très rapidement et finit de me réveiller avec un hardcore des plus basique avec un mélange de clichés beat down et metalcore. Leur style branleur fashion excite le public mais me fait doucement rire tant leurs titres sont prévisibles. Petite mention obligatoire pour la bannière accompagné du logo de la boisson énergisante Munster (présente sur le festival) et leur logo au design repompé sur la marque de skate Supreme. Un groupe qui sait vivre avec son époque.

Je zappe une bonne partie du début de l’après-midi et je reviens ensuite par curiosité pour voir si Scar Symmetry a de quoi devenir un plaisir coupable. Détour rapide après un seul morceau qui suffit à me prouver que le duo de chanteur (acquis pour remplacer leur excellent, si sa réputation est juste, premier chanteur) est terriblement mauvais, autant dans les mélodies que dans les parties plus agressives. Vite vu, vite oublié, la suite est de toute façon incontournable puisqu’il s’agit de Hail of Bullets, l’autre groupe de Martin von Drunen, chanteur de Asphyx. La recette est la même et les musiciens tout aussi bon. Un peu plus metal que death, et aussi plus énergique que le quasi doom death de Asphyx, Hail of Bullets enchaine des titres de leur deux albums, dont un excellent General winter en deuxième position (putain mais quel titre bordel !), Advancing once more ou Kamikaze. Que des hits, que d’efficacité, rien à redire et une envie pressante de remettre le couvert le plus rapidement possible.

Decapitated revient de loin avec le décès de son batteur, et frère du guitariste, mais leur death metal polonais a lui aussi changé, ce qui en revanche est une excellente nouvelle. Après quelques albums efficace, le groupe évolue maintenant dans le même sens que pléthore de groupe influencé par Meshuggah tout en gardant leur riffs massifs et efficaces. Carnival is forever, leur tout nouvel album, montre un visage encore plus accomplis mais reste encore a parfaire le rendu live. La seule guitare ne suffit pas a rendre la totalité du son massif des nouveaux titres et la basse ne suffit pas a combler ce vide. Regrettable mais assez peu handicapant devant un public aussi conquis à leur cause. Les dreadlocks du chanteur volent avec tout l’énergie qu’il déploie pour satisfaire un public de polonais et de tchèque acquis à la cause. Spheres of madness, extrait de Nihility, conclut efficacement le concert tout en me donnant envie de me replonger dans ce dernier album avec l’espoir de les revoir plus tard quand ils auront rodés leur nouvelle identité.

Atheist est remplacé par les français de Gorod mais leur death metal technique ne me retient pas devant la scène que je quitte pour revenir un peu plus tard pour voir Katatonia. J’aime beaucoup le doom très pop de ces suédois et leur set n’aura pas mis à mal mon amour pour eux. A l’inverse, malgré le manque de titre famillié dans leur repertoire (qu’ils ont de riche après vingt ans de carrière, voir la set list) je me laisse porter par la voix légère de Jonas Renkse dont le mince filet s’élève doucement du reste des instruments mais suffisamment pour complimenter les mélodies mélancolique de ce monument sonore élevé à la solitude et au spleen. Encore un groupe que je suis on ne peut plus heureux d’avoir pu voir dans le cadre d’un festival comme celui-ci où le son n’est jamais décevant, contrairement à certaines salles parisiennes qui font pourtant payer les places à prix d’or.

Exodus amène ensuite l’obscurité sur le festival avec un trash de la bay aera toujours aussi agressif. Issu de la même génération de groupe que Metallica et Slayer, Exodus n’a jamais eu la même popularité à cause d’un line up instable (premier chanteur décédé, deuxième emmerdant, viré après la reformation, pourvu que ça dure avec le dernier en date) et une agressivité sans borgne. Leur plus grand « single », extrait de leur premier album, Bonded by blood et the Toxic Waltz, font gueuler public, mais des titres plus récents et d’autre un peu moins, comme Black list extrait de l’album de la reformation, Tempo of the damned, font sourire et hocher vigoureusement les cheveux.

L’enchainement est ensuite toujours aussi étonnant puisque c’est The Dillinger Escape Plan que l’on retrouve sur l’autre scène. Le Brutal Assault se targue d’être un festival ouvert d’esprit, tout en restant dans le domaine des musique brutal, et le prouve avec une variété de groupe étonnant et excellent. the DEP donc, groupe que j’ai déjà vu quatre fois, continue de me faire sortir de ma réserve pour hurler les paroles comme un damné. Assurément l’un de mes groupes favoris, leur concert sont des exemple d’énergie et de maitrise où l’on peut entendre et voir pour son argent. Aucune surprise particulière dans la set list, juste une sélection de classique issu de Ire works, Calculating infinity, Miss machine, Irony is a dead scene et du petit dernier, Option paralysis avec un 43% burnt pour combler l’affaire. Entre temps, Greg Pucciato et Ben Weinman auront fait leur numéro en sautant dans le public, sautant sur des promontoires de toutes sortes. Seul regret pour Greg Pucciato : Ne pas avoir pu monter sur la perche de la caméra. Ce type ne sait vraiment pas s’arrêter quand il s’agit de prendre de la hauteur (il est quand même sur les barres du côté de la scène).

Je zappe ensuite Satyricon, la tête d’affiche du soir, pour ne revenir que pour Soilwork, le pêché coupable de death metal mélodique que j’apprécie de temps à autre.

Content de pouvoir enfin les voir sur scène, j’ai été assez déçu par leur performance, bien trop brouillonne, et une sélection de morceau qui pourrait puiser plus dans la liste de single monstrueux que le groupe possède. A la place, aucun titre de Figure number five, un clavier bien trop en retrait, un chanteur à la voix assez peu remarquable par rapport aux disques, et des guitares cradingue a oublié quand on fait une musique aussi propre et pop. Je me remettrais bien les albums de temps à autre mais je comprends mieux pourquoi ce groupe n’a jamais autant démarré qu’In Flames.

Cathedral prend la suite pour l’un de leur dernier concert avant de rendre leur tablier aux dieu du doom en fin d’année lors d’un concert londonien. Première et dernière occasion pour moi de les apprécier en concert, les anglais, mené par Lee Dorian (le premier chanteur de Napalm Death sur Scum et From enslavement to obliteration) n’a toujours pas des cordes vocales incroyable mais la personnalité de sa voix suffit a porter l’étendard morose d’un groupe aux riffs toujours aussi géniaux. Malheuruesement pour moi, aucun titre des albums que je connais les mieux (the VIIth coming et Endytime) mais l’occasion de découvrir d’autres classiques de leur repertoire que je connais si mal (voir la set list). L’un de ceux là, extrait de leur premier album, Forest of equilibrium, justifie la réputation de cet album mythique, tandis que le concert se conclut sur le fameux Hopkins (Witchfinder general) interprété sous fond de pleine lune. Une image mental qui vaut toutes les photos du monde et qui restera gravé dans mon esprit comme l’un des meilleurs moment de ce festival.

A une heure du matin, je me dis qu’il est peut-être temps de me pieuter et je me jure de ne rester que pour deux chansons de Mayhem, par curiosité. Bien m’en a pris de céder à la tentation, le son et l’obscurité était tellement à propos que ce concert fut aussi l’un des grands moment du festival. La mise en scène autour du groupe pour en faire les grands prêtres de Satan fonctionne assez bien, mais ce sont surtout les riffs qui auront retenus mon attention plutôt les gesticulations de Attila avec son micro et ses crânes. D’ailleurs, si celui-ci pouvait fermer sa gueuler au lieu de balancer des répliques aussi débiles entre les morceaux que « We have a message to the pope… go die ! » cela améliorerait encore plus leurs concerts. Après toutes les controverses et vingt sept année de musique, c’est fascinant de voir que le son à l’origine du black metal est toujours aussi puissant et maléfique. Un excellent concert qui prouve que l’on peut avoir des idées débiles et être capable de faire une musique captivante.

Fin de la deuxième journée, il est temps de laisser Dew-Scented et Einherjer finir la soirée tandis que je me dirige vers mon campement accompagnement des hurlements de metalleux fêtard. Le festival de Metal, on les aime aussi pour ça !

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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