Chew – Laisse moi te croquer et je te dirais qui tu es

Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger disait Rabelais par la bouche de Gargantua. Dans le monde de Tony Chu, il faut manger pour enquêter et non enquêter pour manger. Manger ça le dégoutte. Une bouchée d’un aliment lui fait vivre tout ce que le légume, le fruit ou l’animal a vécu. Une capacité pourtant bien pratique quand on est enquêteur et qui va le projeter au sein du bureau fédéral d’investigation des aliments et des médicaments (F.D.A.) en tant qu’inspecteur des meurtres et autres affaires liés à la nourriture.

« It’s a sad fact, and an awful truth. Sometimes in the course of this job, you’re going to eat terrible things, all in the name of justice. »
- Mason Savoy

Savoy, son partenaire, doué de cette même capacité, l’accompagne dans ses premières enquêtes, d’Antarctique jusque dans les cuisines de restaurant, spécialement celle où l’on prépare du poulet. Met hors la loi depuis la mort par millions de victimes d’une épidémie de grippe affectant ces volatiles. Conspiration ou danger réel? La question est abordé tout au long de ce premier volume mais reste en suspend. Les six chapitre de Taster’s choice introduise les différents personnages, l’univers et les capacités de Tony Chu et de son partenaire et mentor. Un mélange de rouage bien huilé propre aux séries policières et d’originalité des intrigues.

Chew (publié chez Image Comics) ne se sert pas de l’alimentation comme un gimmick mais d’un ressort scénaristique propre exploité à tous les degrés de la création de son univers. John Layman, scénariste et créateur, fait de la nourriture le centre d’intérêt de chacun. On trafique le poulet, on consomme des doigts pour trouver des indices, on devient même terroriste pour prouver que la grippe du poulet est le résultat d’une conspiration mondiale. La bouffe c’est sacré et Tony Chu mord dans les preuves à pleine dents. Il a faim et soif de justice. Il cuisine les preuves et les témoins… Quand à Rob Guillory, dessinateur, son style emprunt du dynamisme d’un jeune Ted McKeever, associé à une coloration moderne, donne vie à des histoires à mi chemin entre la comédie et le thriller. L’absurde cache toujours une intrigue prenante et mystérieuse dont on ne découvre que des bribes à travers les multiples intrigues auxquels sont confrontés les personnages.

Cette pluralité des directions pour un premier volume est aussi le seul point noir car a trop introduire d’intrigues, Layman et Guillory laisse beaucoup de points d’interrogations que l’on espère voir tous résolu. Layman n’en est pas son coup d’essai dans le medium mais Chew est son titre le plus applaudi par la critique et le public à ce jour, et à juste titre. Rare sont les histoires aussi passionnante pour une équipe aussi jeune dans un univers original. Un succès qui rappelle évidemment celui de Powers, publié par le même éditeur il y a plusieurs années, et qui fit de Brian Michael Bendis le scénariste populaire qu’il est aujourd’hui. Il serait toutefois injuste de trop comparer les deux séries car Chew a d’ors et déjà trouver sa propre voix et son originalité parmi les histoires policières les plus efficaces publiés ces dernières années (Powers, Gotham Central, Small Gods …).

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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