Durant tout le premier trimestre 2011, on n’a pas pu ouvrir le moindre journal sans lire un papier sur Anna Calvi. En seulement quelques apparitions scéniques et un single en 2010 (Jezebel, une reprise d’un classique américain des années 50, qui fut notamment interprété par Edith Piaf en son temps), la londonienne est devenue la chouchoute de toute la presse musicale indépendante, qui la définit comme un mix de PJ Harvey et de Patti Smith. Il va donc s’en dire que son premier album éponyme, sorti en début d’année, était attendu au tournant. A noter que cet album est produit par Rob Ellis, l’ancien batteur de…PJ Harvey.
Pour avoir vu une interview de la demoiselle, ce qui frappe d’emblée, c’est la différence entre sa voix parlée et sa voix chantée. En effet, on passe d’une petite voix fluette en adéquation avec son physique de poupée de porcelaine à une voix grave et puissante dès qu’elle se retrouve sur scène.
L’album commence par Rider to the sea, un instrumental, où la jeune femme nous fait une brillante démonstration de ses talents à la guitare, qu’elle pratique depuis ses 6 ans. Ce morceau aux accents flamenco-gothiques donne le ton de l’album, et son final avec la guitare qui monte dans les aigus constitue un enchaînement parfait avec le lancinant No more words où la voix d’Anna se fait susurrante et sensuelle.
Viennent ensuite les meilleurs titres de l’album selon moi : tout d’abord Desire et son introduction en mode celtique, qui monte en puissance pour se muer en un véritable hymne épique. Puis Suzanne and I où Anna Calvi prend des intonations de Shirley Bassey dans les génériques de James Bond, avec un final puissant et exalté. Avec sa batterie habitée, ce morceau me donne vraiment la chair de poule.
On calme un peu le jeu avec le romantique et réussi First we kiss et The Devil, aux accents de Jeff Buckley.
Dans le sombre univers de cet album, une lueur d’optimisme apparaît avec Blackout et ses allures de pop song.
En revanche, les trois dernières chansons de l’album ne m’ont pas convaincue : I’ll be your man et son atmosphère bluesy, Morning Light si lente qu’elle en devient chiante, et Love won’t be leaving pas mauvaise, mais je n’ai pas accroché. A-t-on affaire à une véritable baisse de régime sur la fin ou bien est-ce simplement ma foutue habitude de me déconcentrer sur les derniers titres d’un album ? Néanmoins, le niveau du reste de l’album fait largement oublier ces trois titres un peu moyen, même si on pourrait se dire que 3 titres moyens sur un album qui en compte 10, ça fait tout de même beaucoup. Mais en fait non !
J’avoue avoir eu bien du mal au départ à rentrer dans l’univers de miss Calvi. Le fait d’avoir vu accolés les termes “flamenco” et “gothiques” dans la même phrase pour décrire sa musique m’avait laissée un peu perplexe car je ne voyais pas du tout à quoi ça pouvait ressembler. De plus sa voix grave ne m’a pas plu immédiatement, évidemment à mille lieues des mignonnes petites voix de folkeuses que j’ai l’habitude d’écouter.
Cet album court mais intense est vraiment un disque qu’il faut écouter et réécouter, et ce dans de bonnes conditions, afin d’en apprécier toute la richesse et le charme vénéneux. Je ne peux donc qu’être d’accord avec le fameux hebdo musical britannique NME qui en parle en ces termes : «somptueux, séduisant et un peu effrayant, ce premier album de velours hantera vos rêves.» Gageons qu’on entendra parler d’Anna Calvi encore un bon bout de temps. Et moi j’ai hâte d’être à Rock en Seine pour la voir sur scène !



















Le NME mentionne aussi Siouxsie Sioux (de Siouxsie and the Banshees et The Creatures) dans leur chronique du cd d’Anna Calvi : c’est un rapprochement pertinent car Siouxsie a marié le blues et le flamenco sur l’album « Boomerang » des Creatures . Certains critiques français manque apparemment un peu de culture en oubliant de mentionner certaines références. Sur son cd, Calvi a aussi parfois des intonations à la Chrissie Hynde des Pretenders.
Effectivement, je l’avais lu aussi, mais ma connaissance de Siouxsie Sioux étant plus que limitée, je n’ai pas voulu me contenter de citer cette référence sans maitriser du tout la comparaison.
Pour les intonations à la Chrissie Hynde, ça ne m’a pas sauté aux oreilles, mais j’y ferai attention la prochaine fois que j’écouterai l’album.
Merci pour ces informations en tout cas !
Pas mal la Calvi. Par contre, je me suis posé la question suivante en lisant les commentaires. Peut-on avoir, pour sujet de prédilection, les filles dans le rock et mal connaître voire ne pas connaître du tout, Siouxsie? L’influence de Siouxsie est quand même revendiquée par des chanteuses aussi diverses que : Santogold, Shirley Manson de Garbage, PJ Harvey et Beth Ditto. Siouxsie est aussi citée en référence par des gens aussi divers que Johnny Marr des Smiths, Dave Siteck de TV on the Radio, Bono, The edge et j’en oublie un paquet. Et comme si cela ne suffisait pas, certaines de ses chansons ont été par dessus le marché reprises par Jeff Buckley (mentionné dans cet article), LCD Soundsystem, Red Hot Chili Peppers, Tricky, Massive Attack ou encore Jeremy Jay. Autrement dit par bon nombre d’artistes qui agite la blogosphère…
Arf, qu’est-ce que je fais, je m’ouvre les veines toute de suite ou je demande à la rédac chef de me fouetter jusqu’au sang ?
Blagues à part, je n’ai jamais prétendu avoir la science infuse en matière de musique ! On n’a pas toujours le temps de tout approfondir.