Unfold c’était un phénomène suisse à l’époque où j’achetais encore Rock Sound, donc il y a bien longtemps. J’étais encore au lycée à cette époque, c’est à dire en 2000. Pure sortait et mélangeait efficace la musique de Breach avec des rythmiques metal forte en double grosse caisse. A mes oreilles vierge de toutes incartade dans le post hardcore des suédois, je découvrais un son venimeux fait de riffs saccadés, d’une batterie martelé (et avec du recul bien trop triggée) et une voix dont la francophonie ne faisait pas de doute dans ses paroles en anglais hurlé à même la gorge.
Trois ans plus tard, Aon Aony arrive avec une atmosphère plus apaisé et des rythmes plus lourd. Le metal est mis de côté pour la plongée complète dans le post hardcore, que je ne connaissais toujours pas à l’époque, et qui si il m’impressionna, ne me fascina pas assez pour que je revienne sur le disque après les premières écoutes. Pure par contre refaisait des sauts sur ma playlist de temps à autre, me rappelant qu’il fut un temps, le nom d’Unfold voulait dire « malaise et crasse ».
Vient le split et après le suivi de loin des projets de chacun. Vancouver pour le bassiste et les guitaristes avec un retour vers quelque chose de plus acérés, mais de toujours très hardcore. Il y a de l’émotion, du potentiel, le son est bon mais je reste encore une fois à l’entrée. Toujours admiratif de leur talent, mais pas assez versé dans les mêmes influences pour prendre mon pied. Le chanteur, celui dont la voix m’avait le plus marqué, pars joué du rock and roll dans Houston Swing Engine (avec des membres de Shovel, un excellent groupe à la Deftones qui se produisit un jour à Nulle Part Ailleurs devant Tommy Lee de Motley Crue et Methods of Mayhem), lassé de crier.
Le retour d’Unfold avec le retour du chanteur dans la formation c’est le retour de cette voix, ses hurlements déchirés et cette prononciation hachée dans laquelle on ressent plus qu’un accent mais une émotion bien plus forte que dans des dizaines de hurleur du genre (c’est à dire le postcore), trop souvent concentré sur un growl inoffensif. Unfold continue de s’inspirer de Breach et cela se ressent dans la voix et dans les riffs. Malheureusement moins dans le rythme par contre, mais les nostalgiques de cette époque peuvent toujours se tourner avec Terra Tenebrosa, le groupe de l’ex guitariste/compositeur principal de Breach.
En tout cas, Unfold réussit assez bien son compromis entre les deux époques. Les mélodies sonnent comme du Isis période Panopticon sans la luminosité aveuglante de ce disque qui, si il n’en reste pas moins un monument, en a éloigné plus d’un du monstre de lourdeur qu’était encore les américains à l’époque de Oceanic et de Celestial. La mention de cet album ne doit donc pas effrayé mais replacer le disque dans son contexte, car d’un disque de genre c’est bien ce dont il s’agit, et c’est cela qui entame l’enthousiasme vis à vis de cet album.
Maitrisé, il l’est, et les quelque touches de clavier, comme celle sur le titre introductif, Erebe, apporte un soutien mélodique efficace pour faire sortir le morceau du lot. Du reste, je retiens la voix toujours aussi puissante du chanteur, son phrasé si particulier, mais aussi beaucoup trop de ressemblance avec les aînés de Breach et de Isis. La faute des suisses est donc de continuer leur progression là où ils l’ont arrêtés sans prendre que d’autres avaient continuer à côté. Partagé entre la colère acéré et la rage sourde de riffs lourd emprunt d’un héritage qui l’est tout autant, Cosmogon propose un disque sans faute dans un genre parcours de toute part qui n’a plus grand chose de neuf a proposer. Sorti cinq ans plus tôt, le retour de Unfold aurait été célébré, maintenant il est accueilli avec beaucoup plus de passivité de ma part et la même attitude qu’à l’époque de Aon Aony, un mélange d’admiration et de détachement.




















Juste une petite chose…sur Pure la batterie n’était pas triggée…
Ach! Encore une petite chose…Vancouver c’était le batteur et les guitaristes…
Merci pour la précision. Par contre, concernant Pure, même si il n’était pas triggé, elle sonne diablement synthétique.