Le propriétaire d’un magasin de poisson exotique, Nobuyuki Siyamoto (Mitsuru Fukikoshi) en rencontre un autre et sa vie bascule. Cela paraitre ridicule si l’histoire n’était pas basé sur des faits réels. Faible et désemparé, l’homme voit vite sa femme et sa fille lui échappé entre les mains de ce sympathique bonhomme, Murata (Denden) dont la réussite se lit dans le succès de son magasin, la beauté de sa femme, la longueur des jupes de ses vendeuses et son sourire de séducteur. Le sympathique bonhomme tue pourtant tout ceux qui lui posent problème avec une efficacité déconcertante qui pousse Nobuyuki, un homme tout ce qu’il y a de plus banal et insignifiant, dans un stratagème meurtrier et sanglant.
Inspiré de fait réels, l’intrigue de Cold Fish est, de l’aveu d’un journaliste américain (auteur de Tokyo Vice) qui avait couvert en partie l’affaire original, une retranscription fidèle des personnages, et tout particulièrement de celui de Murata, Sekine Gen dans la réalité, un sympathique propriétaire d’une animalerie qui s’est rendu coupable d’une dizaine de meurtre avec sa femme, Hiroko Kazama. Ils découpaient en petit morceaux leurs victimes et brulaient ensuite les os, tout cela dans une petite propriété en dehors de Tokyo, pendant une bonne dizaine d’année. Jovial et amical, l’homme et la femme découpaient en chantant des chansons et ont tenus bons face à une enquête de la police jusqu’à que des menaces finissent par venir à bout de l’assistant de Sekine Gen, son chauffeur, qui l’avait assisté dans le processus de destruction du corps de plusieurs victimes, et dont le rôle est ici remplacé par celui de Nobuyuki.
La conclusion du film, violente et sanglante, s’éloigne de la réalité et pourrait donc faire passer les personnages pour plus hors normes qu’ils le sont. En réalité, l’interprétation des deux acteurs principaux font de Cold Fish un point de vue unique et troublant dans le monde d’un tueur en série. En revanche, là où le film trouve son talon d’Achille, c’est dans le revirement effectué par rapport à la réalité par le personnage de Nobuyuki dans la dernière demi-heure. Interviewé, le scénariste parle de plusieurs options différentes qui auraient été considérés pour conclure le film et du choix fait par Sion Sono pour orienter la conclusion dans cette direction sanglante, tout comme l’ajout des personnages de sa femme et de sa fille qui ont une part importante à jouer dans le piège que Nobuyuki s’est crée dans sa propre existence.
Sion Sono (Suicide Club, Love Exposure) dirige parfaitement cette plongée dans la folie et l’évolution de son héros, Nouyuki, héros en quelque sorte de l’image déchu du japonais travailleur et émasculé. En revanche, Murata est un vainqueur, dominant et bestiale. L’homme s’empare des femmes avec tout le charme d’un lion. Elles sont des proies souriantes et sensuelles dont l’érotisme se mélange à la soif de sang de la bête. Si Cold Fish et Sion Sono ne peuvent être véritablement accusé de misogynie, puisque comme le fait remarquer le scénariste, les hommes souffrent tout autant que les femmes dans le film, la domination masculine est bien un thème du film et la vision des femmes en souffre donc à son profit. De plus, le plus déroutant dans le film, est que la voix de la raison semble bien trop souvent venir de la bouche de Murata, tandis que Nobuyuki est un spectateur passif incapable de faire un choix entre la folie et la fuite.
Présenté comme un film à la violence graphique sans merci, avec des effets spéciaux gore réalisé par l’un des maitre, j’ai nommé Yoshihiro Nishimura (qui s’est surpassé en terme dans les scènes de démembrement), Cold Fish est d’avantage un film violent psychologiquement, car ce qu’il montre finit par anesthésier, tandis que la scène de fin, bien plus déroutante, restera en mémoire encore plus que les traces de sang sur le carrelage de la salle de bain où s’affairent les meurtriers.


















