[cinema] Le Gamin au vélo – « A bicycleeeeeeette… »

Après les critiques de Minuit à Paris et The Tree of Life, La Fille du Rock continue sur sa lancée cannoise et vous parle aujourd’hui du Gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Comme à l’accoutumée, la paire de réalisateurs belge n’est pas repartie les mains vides de Cannes, puisque leur dernier film a obtenu le Grand Prix de cette 64eme édition et n’est apparemment pas passé loin de la suprême récompense. Un nouveau prix qui vient s’ajouter à la longue liste de ceux qu’ils ont déjà remportés avec leurs précédents films. Pour mémoire : rien moins que deux Palmes d’Or : Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005 et un Prix du scénario pour Le Silence de Lorna en 2008. Respect donc.

Le Gamin au vélo, c’est Cyril (Thomas Doret) un garçon de 12 ans qui se retrouve placé en foyer par son père (Jérémie Rénier), officiellement pour des difficultés financières passagères. Mais on découvre vite qu’en réalité le père n’a nullement l’intention de récupérer son fils et cherche plutôt à se débarrasser de ce qu’il considère comme un fardeau, afin de refaire sa vie. Suite à cet abandon, il fait la connaissance de Samantha (Cécile de France), une coiffeuse du quartier, qui accepte de l’accueillir les weekends. Mais au lieu d’accepter l’amour maternel et la stabilité que lui offre Samantha, il choisit plutôt le côté obscur en s’acoquinant avec Wes (Egon di Mateo), le caïd de la cité et sombre peu à peu dans la délinquance.

On retrouve dans ce film un des thèmes de prédilection des  réalisateurs : celui de la jeunesse égarée et on sent chez Cyril comme dans la plupart des personnages principaux des films des frères Dardenne cette rage sourde qui conduit à souvent faire les mauvais choix mais à continuer d’avancer malgré les obstacles. Le jeune Thomas Doret est excellent dans le rôle et parvient parfaitement à traduire toute l’ambivalence du personnage : un garçon têtu et butté qui semble ne pas avoir un mauvais fond et sait se montrer gentil et poli mais qui est parfois en proie à des accès de colère et de violence impressionnants, comme cette scène où il se bat avec Samantha qui refuse de le laisser sortir car elle sait qu’il prépare un mauvais coup avec Wes et où il la blesse au bras avec un couteau. Malgré les claques qu’il se prend constamment (abandon par le père, puis par Wes), il remonte en selle à chaque fois – ok, elle était facile celle-là. Ainsi, « Pittbull », le surnom que lui donne Wes, est totalement approprié. Jérémie Rénier, un fidèle des films des frères Dardenne fait également une belle prestation dans un rôle encore une fois détestable. Quant à Cécile de France, c’est un choix original car les frères Dardenne n’avait encore jamais fait jouer une actrice médiatisée dans un de leurs films. Elle ne se sort pas trop mal d’un rôle un peu casse-gueule car au fond on ne comprend pas réellement les motivations du personnage. Pourquoi accepter sans hésitation d’accueillir un garçon qui a tout l’air du bon cas social de service et qui va donc lui créer pas mal de problèmes ? Lorsque son fiancé lui pose un ultimatum “c’est lui ou c’est moi”, elle répond “bah c’est lui” comme si cela coulait de source. Est-ce parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant ? Aucune réponse ne sera apportée à cette question. Autre élément troublant : la mère biologique de Cyril ne sera jamais évoquée.

Certains diront qu’avec Le Gamin au vélo les deux cinéastes belges réalisent encore et toujours le même film : mêmes thèmes, même ville, mêmes acteurs (pour quelques uns d’entre eux). Cependant on peut trouver des différences notables avec leurs films précédents : la banlieue de Liège où se situe l’intrigue est cette fois filmée de façon plus ensoleillée et paraît donc plus chaleureuse qu’à l’accoutumée. Par ailleurs, pour la première fois on note l’utilisation de la musique, qui vient renforcer la charge émotionnelle. D’autres les accuseront de faire l’apologie du misérabilisme. Il est vrai que dans ce film comme dans le reste de leur oeuvre, on ne peut pas dire qu’on rigole beaucoup et on est souvent consterné de voir les comportements que peuvent avoir les personnages. Ici point de sentimentalisme exarcerbé, on est dans un cinéma réaliste et engagé socialement. Comme toujours, les réalisateurs filment avec une certaine distance, une certaine froideur, empêchant toute réelle empathie avec le personnage principal. Néanmoins le film se finit sur une touche d’optimisme et on ose penser que Cyril a trouvé la rédemption.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce film qui m’a touchée par sa simplicité et la justesse de ses interprètes. On ne sombre jamais dans le pathos ni dans la facilité. Par ailleurs, à aucun moment les personnages ne sont jugés. La principale force des frères Dardenne réside ainsi dans la vision neutre qu’ils parviennent à donner de leurs personnages et de leurs actes, un peu à la façon d’un documentaire. Etant un poil plus optimiste que leurs films passés, Le Gamin au vélo me paraît donc le film adéquat pour s’initier au cinéma des frères Dardenne. En effet, les novices seront sans doute un peu moins « traumatisés » qu’ils pourraient l’être devant un film comme L’Enfant par exemple !

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Auteur:MS

Après avoir sévi sur la blogosphère quelque temps, elle avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus. Et puis un appel à candidatures de la part de la Fille du Rock l'a décidée à sortir de son silence 2.0 pour faire partager son avis sur l'actualité culturelle du moment. Fonctionnant au coup de coeur, ses chroniques sont plus basées sur un ressenti personnel que sur des considérations technico-techniques, puisqu'elle officie ici en tant que simple amatrice d'albums et de films de qualité. Assez éclectique sur le plan musical (ne vous attendez quand même pas trop à ce qu'elle vous parle d'electro ni de musette), elle a un faible pour les voix féminines et lorsqu'elle va au cinéma elle aura tendance à choisir un petit film indépendant plutôt qu'un blockbuster américain.

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