A l’aube de l’adaptation de The Avengers, la grande équipe des super-héros Marvel, l’idée d’une adaptation à l’écran de la Justice League of America doit piquer l’esprit des exécutifs de chez DC Comics. Marvel a eu le nez fin en développant ses films à la suite avec comme fil conducteur une mystérieuse agence gouvernementale appelé S.H.I.E.L.D.. De bonus post générique en bonus post générique, on nous dévoilait ce qui allait sortir de nouveau de l’atelier pour attiser l’appétit des fans, papier et pellicule confondus. Les liens se tissaient entre les films de manière à créer un univers cohérent dans lequel tout les personnages habitaient. Une méthode que n’a pas choisi DC Comics, ou pas encore, en confiant ses deux plus grands héros à des réalisateurs dont la vision n’était pas celle d’un univers étendu mais replié sur leurs héros titres. Batman vit à Gotham City, Superman à Metropolis, mais pas de croisement possible, ou pas encore (ceci dit, le Spiderman de Sam Raimi n’était pas non plus inclu dans la globalité des évènements).
La possibilité d’une adaptation n’est donc pas encore à l’ordre du jour, et si elle le devenait elle serait des plus risqués tant il faudrait introduire de personnages pour rendre l’histoire cohérente. Du côté des comics, la Justice League of America existe depuis les années 60 et comprends généralement Superman, Batman, Green Lantern, Wonder Woman, Martian Manhunter, Flash et Aquaman. Une équipe de poids lourds réunis pour combattre des menaces que les héros seuls ne pourraient défaire, exactement comme dans l’univers Marvel (à la différence que la réunion des personnages les plus populaires de l’éditeur ne date que des New Avengers en 2005).
Le pari éditorial est donc très simple, si les personnages chacun de leur côté vendent un certain nombre de titre, les réunir nous fera vendre autant de fascicules que toutes les publications des personnages combinés. Un calcul simple pas toujours réussi mais globalement profitable qu’il faut quand même dépoussiérer de temps en temps quand la machine à produire des menaces cosmiques ne fonctionne plus aussi bien. Arrive en 1997 Grant Morrison (New X-Men, All Star Superman, The Invisibles) et Howard Porter (JLA, Flash) pour donner une nouvelle orientation au titre, ou du moins le revigorer.
Après un bon début, arrive le récit Rock of Ages sur les numéros 10 à 15 et une confrontation avec l’Injustice Gang, un groupe de super-vilains réuni par Lex Luthor, éternel nemesis de Superman. A l’aide de projection holographique de double des héros de la JLA, Luthor compte dissoudre l’équipe pour vaincre plus facilement chacun de ses membres à l’aide des pouvoirs de tout ceux qu’il a réuni autour de lui. Pim Pam Boum, personne ne peut décemment croire que la League des justiciers ne pourra venir à bout d’un nouveau plan démoniaque, alors pourquoi s’y intéresser? Arrive alors dans l’histoire un personnage mystérieux provenant de l’univers des New Gods où s’affronte depuis l’éternité deux nations, l’une fondé sur l’ordre appelé New Genesis et l’autre sur le Chaos appelé Apokolips.
L’avenir de l’humanité est de nouveau en jeu, mais pour empêcher la menace, bien plus grande que celle de Lex Luthor et de son gang, de s’abattre sur la planète, il va falloir que la JLA perde!
Commence alors une saga cosmique à travers des dimensions parallèles et un futur imparfait où la victoire de la League a plongé le monde dans le chaos orchestré par le maître de Apokolips, Darkseid. Six numéros et une série de coups de théâtre que seul la page permet encore de mettre en scène tant le fil narratif demande d’être suivi attentivement et pas d’être défilé devant les yeux de spectateurs passifs. La magie du comics de super-héros est de procurer un divertissement haut en couleur et en inventivité à son public, et Rock of Ages le fait à merveille tout en restant dans les contrées d’une histoire de super-héros.
Howard Porter offre aux illustrations une vision du futur avec des personnages élastiques et charismatiques, tirés de toute les côtés de l’espace temps dans un conflit où les capacités de chacun sont en jeu pour arriver à bout de cette menace. Si la survie est garanti d’avance, seul compte le chemin et celui-ci est fait de trajectoires fluorescentes habités par tout ce que l’imaginaire de la science fiction a donné au monde des super-héros. Seul compte les limites de la page, et elles même peuvent être aisément traversés par les contraintes de l’espace et du temps quand un duo tels que Morrison et Porter mènent la danse.
Un ballet graphique et scénaristique que les écrans de cinéma vont avoir du mal à accueillir pour donner naissance à une Justice League of America digne de ce nom. En attendant, il y a toujours ce volume unique intitulé Rock of Ages dans lequel vous pouvez vous plonger pour prendre dans les yeux une bonne rasade de tout ce que l’héritage de Jack Kirby à laissé à l’univers DC de merveilleux et d’incroyable.




















