Briser le quatrième mur : Se dit quand un personnage de fiction s’adresse au lecteur. Un exemple classique est celui du dessin animé La Linéa où le personnage s’adresse constamment au dessinateur dont la main apparaît dans le dessin pour ajouter ou enlever des éléments.
Ce petit phénomène est souvent utilisé à des fins humoristique, tout comme l’aparté au théâtre, mais il a aussi été le moteur d’histoire beaucoup plus riches, créant un lien étrange entre la création et le créateur, le scénariste et le scénarisé. Dans le monde du comics moderne, c’est le nom de Grant Morrison qui revient le plus souvent aux lèvres, mais on peut tout autant considérer que l’oeuvre en bande dessinée de Scott McCloud, L’art invisible ou Faire de la bande dessinée, représentent de très bon exemples puisque l’auteur, alors qu’il se trouve sous une forme dessinée, s’adresse directement au lecteur pour lui expliquer les différents concepts qu’il développe de la même manière que le ferait un philosophe ou un sociologue.
Des ouvrages de McCloud on retire une connaissance des règles de fonctionnement de la bande dessinée ainsi que des différences entre les différents pays dans leur pratique des codes graphiques. C’est cette différence entre culture que Barry Lyga et Colleen Doran exploite dans MangaMan, une histoire en un seul volume qui vient de paraître aux éditions Houghton Mifflin Harcourt sur le séjour d’un personnage issu de l’univers d’un manga, échoué dans celui d’un comics dans lequel tout les codes narratives qui lui serve à s’exprimer deviennent bien encombrant. Sous le coup de la surprise il fait apparaître des lignes de vitesse censé représenter un moment dramatique dans les mangas mais qui s’effondrent autour de lui et lui retombent sur la tête une fois la case passé.
Introduit dans une école pour la durée de son séjour, que le gouvernement américain espère court, pendant qu’un scientifique travaille à le conseiller et à créer un passage pouvant le renvoyer dans son monde, le jeune homme aux traits fins des héros de shojo manga (manga pour filles) fait la rencontre d’une jeune fille ravissante dans le plus pure style des histoires d’amours comme celle que Roy Lichtenstein s’est approprié.
Romance, science fiction et exploitation des nombreux codes implicites de la bande dessinée, MangaMan est un parfait compromis entre les stéréotypes des deux cultures au résultat original qui fait fie des différences culturelles. La maîtrise graphique de Colleen Doran permet aux deux univers de ne faire qu’un. Tandis que les différences de style entre le visage du jeune homme et celle de la jeune fille persiste, la frontière narrative qui les sépare devient vite un ressort de parfois comique mais plus souvent romantique attisant leur relation qui n’aurait pas pu avoir lieu sans cette rupture des frontières.
D’abord romancier pour adolescent, Barry Lyga (The Astonishing Adventures of Fan Boy and Goth Girl, Boy Toy) réussit cette plongée dans le monde de la bande dessinée grâce non seulement aux mains expertes de Doran mais aussi de part une sensibilité bien développée pour des histoires de romances au fond très classique mais à la forme original. Arrivée à la conclusion, le sentiment de surprise et de contentement se mélange à la satisfaction grâce à cette histoire pas si déroutante et pourtant si bien réfléchis. Sans nul doute l’une des oeuvres les plus remarquable de cette fin d’année.
Les références de MangaMan chez l’éditeur
Pour les parisiens, vous pouvez trouver MangaMan chez la librairie Arkham



















