La vie de super-héros en laisse plus d’un sur le carreau, jusqu’à leur prochaine résurrection, mais qu’en est-il de ceux qui ne meurent pas et patientent dans l’ombre que leurs blessures se referment?
Moon Knight, personnage de vigilante à la Batman (mais en blanc) crée par Doug Moench et Don Perlin, a connu ses heures de gloire sous la plume de Bill Sienkiewicz il y a trente ans puis est progressivement disparu du radar des lecteurs pour devenir un personnage seconde zone dont personne ne veut s’approcher tant son lourd passé de psychopathe en fait un héros étrange, dérangé et dérangeant.
Cette heure de gloire, le romancier Charlie Huston la connait. Avec ses histoires de détective privé vampire (la série des Joe Pitt) il n’est pas étranger aux personnages moralement ambiguë, habitué à a vivre la nuit, et à faire payer autrement que par des peines de prison les crimes. Mais pour que Moon Knight puisse prétendre à sortir la nuit il faudra pour cela qu’il puisse marcher et ce ne sont pas ses genoux défoncés par un combat final contre son ennemis juré, qu’il a ensuite tué, qui lui permettront même d’aller chercher le pain.
Une deuxième chance, il y a tout de même droit. Mais là où il y a une opportunité éditorial pour des auteurs de faire revivre un héros, il n’en est pas de même pour le personnage concernés quand le Dieu egyptien que notre guerrier de la lune sert ce révèle être plus sanguinaire et s’adressé à son avatar costumé en s’incarnant dans le corps du défunt ennemi juré sous la dernière forme par laquelle il a respiré son dernier souffle, le visage arraché, les dents apparentes et les yeux écarquillés comme un pantin brisé.
Psychotique, paralysé par la peur, Marc Spector, alias Moon Knight, va remonter la pente doucement par amour mais surtout par besoin de faire souffrir tout ceux qu’il juge coupable. Tortionnaires, violeurs, tueurs en séries, tout reçoivent sur le front le signe de la lune pour qu’ils se rappellent de ne pas froisser de nouveau la sensibilité du héraut de l’astre céleste. Avec l’aide de David Finch (New Avengers), Charlie Huston redonne à Moon Knight une raison d’être lu à défaut de donner à son héros une bonne raison de vivre pour autre chose que la violence. Très maniéré et très 90s, David Finch apporte une bonne dose de super-héroïsme à des histoires que j’aurais préféré voir illustrer par un dessinateur plus crasseux pour créer des personnages plus abimés que le look d’acteur de Alerte à Malibu que donne le dessinateur à tout ce qui touche sa planche.
Je ne peux toutefois pas enlever à Finch sa capacité a faire souffler une atmosphère de puissance dans l’air dès que le héros se laisse porter par l’air de Los Angeles. La ville des anges qu’habite Moon Knight perd des rayons de soleil sous l’action de Finch et Huston dont les histoires se passent loin du soleil de plomb dans une obscurité tout aussi étouffante. Moon Knight aurait pu être l’alter ego de Batman si les scénaristes de celui-ci le laissaient totalement aller à sa psychose. Muré dans la violence, Moon Knight échappe à la plupart des clichés des vigilante et attire toute la sympathie a force d’être rejeté par ses proches et par ses pairs (l’histoire se déroule en partie durant l’épisode Civil War de l’univers Marvel qui opposait les partisans de Iron Man et ceux de Captain America) tout en devenant de plus en plus douteux à mesure qu’il replonge dans sa vie de héros. Un personnage costumé psychotique que les lecteurs de Batman, Spawn et autre vigilante apprécieront pour sa moralité et sa psychologie redéfini par un romancier talentueux qui fait ici ses débuts en tant que scénariste de comics.
Les aventures de Moon Knight par Charlie Huston et David Finch ont été traduite chez Panini Comics
Note : La série actuel est maintenant scénarisé et dessiné par le duo Brian Michael Bendis et Alex Maleev (Daredevil, Scarlet)




















