Faith no More le jeudi, Atari Teenage Riot le vendredi, De La Soul le samedi et Anti-pop Consortium le dimanche. Le programme s’annonçait appétissant mais peu chargé. De bons artistes aux quatre coins de l’affiches me faisaient de l’œil, certains plus que d’autres, mais il y aurait-il de quoi combler les journées passées sur les lieux? Mission à peu près accomplit pour les organisateurs, et bravo à eux sois-dit en passant, pour avoir satisfait la curiosité d’un amateur ouvert d’esprit qui n’a pourtant rien à voir avec « l’ambiance » du festival.
A mon arrivée sur les terres du festival, j’ai d’abord eu l’impression de ne pas être à ma place. Pour un festival mettant en avant une partie de la scène alternative internationale, pas un seule distro, pas un disque, aucun tee shirt de groupe (à moins que l’on ne compte les tee shirt de Bob Marley dans le lot). Rien du merchandising habituel à des festivals spécialisés. Terrain de jeu de la jeunesse belge venu dépenser son énergie sur le dance floor, les artistes invités par Dour ont comme point commun de faire remuer les pieds et parfois aussi les méninges. Rien à apprécier les bras croisés et les yeux fermés, à de rares exceptions.
Le premier groupe de la journée correspond à cette description puisqu’il s’agit de Hoods (16H30), un groupe de hardcore de Sacramento, amène avec lui la « haine » et le soleil. La haine des skins heads, des emos, de Metallica (« Give it up for Metallica! » applaudissement du public « Fuck Metallica !, this next one is for Ronny James Dio! »)… Tout y passe dans les diatribes incendiaires du chanteur à la voix puissante et possédée. La belgique et le hardcore vivent une idylle qui n’est pas encore totalement visible puisqu’Hoods est le seul groupe du genre de la journée. Pourtant, les danseurs sont présents en petit nombre et animent la fosse suffisamment quand il s’agit de faire un petit circle pit ou de faire des saltos. Une parfaite mise en jambe pour réveiller en début d’après-midi et trancher avec les fans de reggae qui pullulement à l’extérieur. Pas de ça chez nous et Hoods envoi suffisamment pour se sentir comme à la maison.
Le temps de faire la queue pour retirer de l’argent (quarante cinq minutes quand même) et de se poser et Baroness (19H15) prend la suite sur mon programme. Le son parfait et les sourires des musiciens mettent de bonne humeur pour tout le concert que j’aurais passé avec le visage éclairé du plaisir de profiter de nouveaux des morceaux du Blue album dans des conditions optimales ; après pourtant un concert parisien tout aussi mémorable. Le public reprend les paroles en chœurs et ne perd pas une miette de la performance que donne le groupe. Celui-ci joue sans jamais s’interrompre longuement (même quand le guitariste/chanteur pète une corde et que le reste du groupe doit prendre le relais pour une impro rock dont ils se servent ensuite pour introduire le titre suivant), donnant ainsi au concert une énergie et une consistance similaire à l’écoute des disques. L’énergie scénique du groupe est aussi au beau fixe quand le dit guitariste se roule par terre en continuant d’exécuter son numéro de contorsionnistes sur le manche de sa guitare. Armé d’un disque salué par la critique et les fans, de plus en plus nombreux, rien ne pourrait arrêter Baroness à l’heure actuel pour rejoindre Mastodon.
Je parlais en introduction de groupe à apprécier les bras croisés et Wovenhand (21H) en fait partie. Cérébral, le folk/rock s’apprécie surtout mieux les yeux fermés tant le caractère pieux du groupe est évident dès les premières notes. Il peut donc paraitre étrange que le groupe partage la scène avec le quatuor à cordes hongrois Muzsikas, dont les morceaux interprétés par intermittence avec ceux de WovenHand apportent une touche festive et joyeuse, à mille lieux de l’introspection spirituel dont fait preuve le chanteur de Wovenhand par l’émotion qui suinte de sa voix et de sa performance. Pourtant, les deux atmosphères se rejoignent dans la passion des musiciens pour une célébration toute naturelle de la musique. Je regrette toutefois que leur collaboration se soit arrêtée à n’apporter que quelque touche de violons à des morceaux de Wovenhand et que les américains n’aient pas rendu la pareille à ces quatre hommes que l’on croirait issu de la même famille.
Pour ce qui concerne le concert de Faith no More, se reporter à l’article intégralement consacré à cette performance.
Les danseurs prennent ensuite possession de la nuit. J’accompagne alors une amie pour voir le set de Moderat (23H30), la rencontre du duo de Dj Modeselektor et d’Apparat accompagné d’un quatrième larron. Les projections accompagnent les beat et les mélodies minimaliste tout au long d’une performance assez intéressante pour retenir mon attention, et celle de mes jambes. Les deux titres de conclusion, l’un avec le flow d’un rappeur et l’autre avec celui d’un toasteur, complète agréablement ce set sympathique d’un projet qui semble recevoir beaucoup plus d’approbation et d’enthousiasme dans le milieu électro que je n’en suis capable d’en dispenser à son égard.
En revanche, tous mes applaudissements reviennent à Drumcorps, accompagné de Léo Miller (ex. chanteur du groupe de death metal Animosity). La moyenne d’âge, et le look du public, laisse à penser que la présence de ce dernier aura rameuté les fans de deathcore pour voir ce qu’il en découle. J’étais moi –même aussi impatient de découvrir ce qu’apportait le chanteur au set de Drumcorps que j’avais vu il y a quelque mois en Pologne où une présence vocale faisait encore défaut à l’énergie de la musique. Aujourd’hui comblé par la voix et la présence de Miller, les nouveaux morceaux de Drumcorps, mélange avec encore plus le metal et le breakcore jusqu’à créer une fusion originale, bien qu’encore approximative par moment. Les titres de Grist où Miller ne chante pas et ne fait que bouger pour motiver le public a danser encore plus paraissent presque primitif en comparaison de l’union électro metal de la nouvelle mouture. La boucherie sonore qui en ressort annihile comme il se doit le public présent et me fait repartir avec toujours plus d’impatience d’entendre sur disque ces nouvelles créations.

















