Une expo nommée « Tous cannibales » en voila un sujet qui a titillé ma (grande) curiosité. Direction donc à la Maison rouge située boulevard de la Bastille pour visiter cette expo qui avait eu lieu du 12 février au 15 mai 2011. Présentée par la comissaire Jeanette Zwingenberger, elle a choisi pour cette occasion des jeunes artistes (dont près de la moitié sont des femmes) traitant le rapport au corps et à la chair.
Elle a écarté le coté « gore » du sujet pour laisser place à une toute autre interprétation selon les domaines comme la religion, le corps consommable, l’étranger, la médecine…
L’expo recense une partie pour le moins historique à l’origine du cannibalisme dans la mythologie grecque en passant par le Moyen-âge puis notamment dans les rites et sacrifices religieux de certains peuples indigènes et l’autre partie concerne l’art contemporain où chaque artiste exprime sa vision.
Cette expo n’a rien de choquant, cependant quelques oeuvres m’ont mise un peu mal à l’aise, du moins c’est mon petit ventre qui s’est un peu tordu à ces moments la.
Notamment celle de Adriana Varejao (artiste brésilienne) : un mur carrelé blanc qui sous la pression s’éclate laissant apparaître des organes luisants et humides assez réalistes. Les murs sont-ils vivants ?
Il y’a « Vanitas: Robe de chair pour albinos anorexique (1987) » de Jeanne Sterback, oeuvre qui date de plus de 20 ans, la viande a vieillit avec le temps, a changé de couleur. Comme si le corps n’avait plus de peau, laissant apparaître la chair (comestible ?).
Petit clin d’oeil à Lady Gaga au passage qui avait porté une robe de chair lors d’une cérémonie de MTV awards.
L’artiste Patty Chang réalise une performance où elle se découpe le sein représenté par un melon et se met à le déguster en racontant un récit personnel pour capter notre attention, elle le fait d’une manière assez crue, s’auto-cannibalisant. L’assiette symbolise une auréole telle la Sainte Agathe aux seins coupés.
Voici une partie de la mise en scène : http://sites.asiasociety.org/gofigure/artists/patty-chang/
Je n’ai pas réussi à trouver la vidéo complète de l’acte sur le web. Les photos et vidéos étant bannies à l’expo.
Une autre performance dans une toute autre dimension, celle de la « messe pour un corps » de Michel Journiac, figure française emblématique de l’art corporel (body art). L’artiste travesti en prêtre célèbre une messe en latin. A la fin de cette messe, il propose au public de consommer un boudin réalisé avec son propre sang.
Il a voulu démontrer selon ses propres termes «l’archétype de la création»: l’Homme se nourrissant de lui-même et des hommes se nourrissant de l’artiste.
Assister à la messe ? C’est par ici ! Envie de cuisiner le boudin au sang humain, la recette ci-dessus ! Bon appétit !
Recette de boudin au sang humain
Prendre 90 cm3 de sang humain liquide (le contenu de trois seringues grand modèle), 90g de gras animal, 90g d’oignons crus, un boyau salé ramolli à l’eau froide puis épongé, 8g de sel, 5g de quatre-épices, 2g d’aromates et de sucre en poudre. Hacher la moitié du gras, couper le reste en dés et couper de même les oignons en dés et les faire blanchir cinq à six minutes à l’eau salée, les égoutter et les laisser refroidir.
Faire fondre le gras haché, ajouter les oignons et les faire cuire un quart d’heure à feu très doux, y mélanger le gras coupé en dés et laisser cuire sept à huit minutes. Retirer la casserole du feu et mêler peu à peu le sang humain à la graisse. Tourner alors le liquide sur le feu jusqu’à ce qu’il soit légèrement lié (10 à 12 minutes). Ajouter les différents ingrédients.
Nouer le boyau à un bout, introduire un entonnoir dans l’autre extrémité, remplir avec le mélange, nouer et mettre sur une grille dans une casserole en couvrant avec de l’eau chaude fortement salée. Mettre le récipient sur le feu jusqu’à ébullition et le retirer aussitôt. Lorsque le boudin est raffermi, l’égoutter, le couvrir avec un linge et le laisser refroidir. Couper le boudin en tronçons et le faire griller.
Le côté « porno/trash » de l’expo se ressent dans une immense illustration en noir et blanc de l’artiste allemand Ralf Ziervogel, où l’on peut voir une multitude d’hommes livrés au chaos total mutilés, s’infligeant moult tortures, corps déchiquetés, explosions de membres avec un semblant de zoophilisme. Une sorte de représentation de l’Enfer où tous les vices sont permis. On est devant à scruter chaque petite scène corporelle, pour le moins assez déroutant en somme. Je vous laisse admirer cette fresque sur le site officiel de l’artiste : http://www.ralfziervogel.com/
L’artiste japonais Makoto Aida a imaginé une société à l’heure de la modification génétique et des clones, qui aurait crée un animal comestible au nom de « mi-mi chan » à l’apparence humaine d’une vingtaine de cm de long. Les japonais ont comme même le chic de mêler innocence et sujet plus ou moins tabou. On retrouve souvent cette extrémité tant dans la culture que dans l’art japonais.
Et comme le disait Claude Lévi-Strauss, (1993 dans le quotidien italien La Repubblica) : « Nous sommes tous des cannibales, la manière la plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger ».
Bon c’est bizarre, mais l’appétit m’est revenu ! Je m’en vais donc me faire des pâtes à la bolognaise !
Si vous voulez prolonger l’exploration de cette expo, voici la liste des films à voir que la Maison rouge a proposé en partenariat avec le cinéma le nouvel Odéon :
Week-end, Jean-Luc Godard, 1967 (95 mn)
Macunaïma, Joaquim de Andrade, 1969 (110 mn)
Qu’il était bon mon petit français de Nelson Pereira dos Santos, 1971 (84 mn)
Soleil vert, Richard Fleischer, 1973 (97 mn)
Nosferatu, Werner Hezog, 1979 (107 mn)
Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway, 1989 (120 mn)
Delicatessen, Jeunet et Caro, 1991 (99 mn)
Trouble everyday, Claire Denis, 2000 (105 mn)
Sweeney Todd, Tim Burton, 2008 (117 mn)
Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato, 1980 (98 mn)
Pour ceux qui auraient manqué cette exposition, sachez qu’elle se poursuit à Berlin du 28 mai au 18 septembre dans le lieu récemment ouvert par le collectionneur Thomas Olbricht, Me Collectors Room Berlin (www.me-berlin.com).

Fat Man – The Matrix of Amnesia de John Isaacs,
Liste des artistes de l’exposition :
Makoto Aida, Pilar Albarracin, Gilles Barbier, Michaël Borremans, Norbert Bisky, Patty Chang, Jake & Dinos Chapman, Will Cotton, Wim Delvoye, Erik Dietman, Marcel Dzama, James Ensor, Renato Garza Cervera, Francisco de Goya, J. J. Grandville, Sandra Vasquez de la Horra, Pieter Hugo, Melissa Ichiuji, John Isaacs, Oda Jaune, Michel Journiac, Fernand Khnopff, Frédérique Loutz, Saverio Lucariello, Alberto Martini, Philippe Mayaux, Patrizio Di Massimo, Théo Mercier, Yasumasa Morimura, Vik Muniz, Wangechi Mutu, Álvaro Oyarzún, Chantalpetit, Giov.Battista Podesta, Odilon Redon, Félicien Rops, Bettina Rheims, Toshio Saeki, Cindy Sherman, Dana Schutz, Jana Sterbak, Adriana Varejâo, Joel-Peter Witkin, Ralf Ziervogel, Jérôme Zonder.




























yeah j l ai vu il y a un moment, mais j avais été gênée par le manque de fil conducteur… Ton article est finalement beaucoup mieux documenté que l’expo elle même!
merci ! ;) mais ils ne t’ont pas donné une brochure à l’entrée qui t’aide un peu dans le parcours en donnant des infos sur les oeuvres ? c’est vrai qu’il n’y a pas vraiment de fil conducteur, j’ai dû revenir en arrière parfois car j’avais zappé certains recoins…