Bientôt sur vos écrans, un thriller avec Morgan Freeman et Leonardi Di Caprio dans les rôles principaux des agents du FBI, Jack Nicholson pour le trafiquant de drogue raciste et Jennifer Lopez dans la peau d’une Marshall qui la révélera comme une actrice compétente. Elle sera nominée aux oscars comme meilleur second rôle et tout le monde la prendra au sérieux. Vous verrez, ça fera plein d’entrées et vous trouverez que c’était un film sympa mais que le comics était peut-être un peu mieux.
Le comics c’est Rat catcher, une création de Andy Diggle, scénariste de The Losers (adapté au cinéma récemment) et Victor Ibanez au dessin (un dessinateur espagnol sans titre notable encore à son nom). L’intrigue à tiroirs qu’ils nous racontent ne peut être résumée sous peine de gâcher trop de surprises. Le cocktail classique du thriller suffit à résumer ce qui vous attend : des meurtres, de la manipulation, des trahisons, le tout dispersé sur 180 pages. Pas de quoi faire un story board pour un réalisateur intéressé mais suffisamment de plans déjà bien définis pour que le produit soit facile à vendre à un producteur.
Le trait réaliste de Ibanez s’inspire fortement d’acteurs connus et m’a donc facilité le choix des noms tout destinés à son adaptation prochaine. L’influence d’Adam Hughes se lit dans le visage de la Marshall (mais est-ce que ça se dit « une Marshall » ?) très ressemblant à celui de sa Catwoman. Un auteur hispanique avec un trait très américain, voire même un peu trop, qui sert l’histoire convenablement, jusqu’à un point.
Cet aspect cinématographique est justement ce qui pêche le plus dans Rat catcher, une caractéristique qui avait pourtant marché à merveille sur The Losers avec ses scènes d’action à couper le souffle bien plus efficaces que les explosions à profusion des films de Michael Bay. Il faut aussi dire que Diggle avait alors les services de Jock pour illustrer son comics. Or, Victor Ibanez n’est pas aussi compétent et use jusqu’à la corde des codes graphiques fatiguants comme les « arrêts sur images » sur un personnage avec des éclats blancs et vifs dans son dos pour marquer la surprise. Une technique éculée qui fonctionne très bien si on n’en abuse pas.
Malheureusement, comme l’intrigue repose sur des révélations et des coups de théâtre, Ibanez (ou est-ce Diggle qui en demandait dans le scénario) en abuse jusqu’à briser la plongée dans l’intrigue et nous ramener à la surface en rappelant constamment que l’on est en train de lire un comics. Un peu comme si vous étiez en train de lire un roman d’espionnage et que le personnage principal vous rappelait à tous les instants dramatiques que rien de tout ce qui vous étiez en train de lire n’était réel.
Fort heureusement, c’est justement aussi cette gestion des révélations qui permettent à l’intrigue de se tenir tout du long. Quand on est du même caractère que moi à ne pas vouloir deviner à l’avance ce qui va se dérouler mais qu’on se laisse porter par l’histoire, alors Rat catcher est au divertissement ce que le roman de gare est au long voyage en train, un bon moment à passer en lisant une histoire simple et efficace. La publication même a surement été pensée ainsi puisque le présent volume est édité au même format qu’un livre de poche, avec toutefois une couverture cartonnée qui empêche de faire subir à l’ouvrage le même sort que les livres que l’on oublie dans sa poche arrière en s’asseyant.
Rat catcher a tout de l’œuvre de commande. Les personnages et l’histoire n’ont rien de très personnel et ne sont voués qu’à vivre dans une centaine de page. La psychologie des personnages n’est pas très fouillée, leurs motivations vengeresses suffisent à les rendre vivants l’espace de cette aventure, leur disparition et leurs décisions n’ont donc que peu d’importance, quelles qu’elles soient. L’honnêteté me contraint donc à conclure que cette histoire ne vous intéressera que si vous avez un trajet d’une heure en perspective et un esprit à occuper durant ce temps là. Dans ce cas, et si vos goûts s’orientent vers le polar burné, vous trouverez tout ce que vous voulez dans cette histoire.
















