« Grow Up , Be Adult and Die ! » – Heathers

Nous somme en 1989 . Nous sommes aux Etats-Unis et deux idoles des jeunes se retrouvent à l’affiche d’un même film : Winona Ryder révélée en grande pompe un an plus tôt avec Beetlejuice et Christian Slater abonné à l ‘époque aux rôles de jeunes rebelles (et qui enchaînera l’année suivante le similaire Pump Up The Volume). Ajoutez à ça le réalisateur du futur cultissime Hudson Hawk , Michael Lehmann et le scénariste Daniel Waters, auteur entre autres -excusez du peu – de The Adventure of Ford Fairlane, Hudson Hawk, Batman Returns et Demolition Man et vous aurez une idée de la bonne tambouille que peut être Heathers.

Pourquoi Heathers ? Parce qu’à l’époque Heather était un nom assez en vogue aux états unis.

Et parce que le films nous narrent l’histoire de Veronica, fille discrète qui fréquente et se fait exploiter par le clan des Heathers, trois filles nunuches de riches possédant le même nom et faisant partie des gens « réputés » de l’école. C’est en rencontrant J.D, un autre marginal, qu’elle va décider de s’émanciper du groupe et d’orchestrer une petite vengeance envers le trio. Sauf qu’un incident imprévu va changer la donne et tout va partir en sucette.

Avec beaucoup de facilité, le film mêle les genres passant de l’ambiance slasher au fantastique, du drame familial à la comédie de moeurs, enrobe le tout du Teen Movie bien entendu et va même flirter avec le film d’action sur sa fin.

A première vue l’œuvre se veut satirique avec cette ouverture où les trois Heather accompagnées de l’héroïne s’adonnent au cricket dans un jardin bourgeois. Ton hautain et cul sérré, petits rires prétentieux et petit doigt en l’air sont de rigueur et il ne manque plus qu’un poney en arrière plan . Seule la sombre Véronica tranche avec le décor . Personnage féminin à la personnalité forte , elle apparaît comme blasée par le monde qui l’entoure et ne participe pas vraiment à l’ode à l’allégresse qui caractérise si bien les banlieues Wasp américaines exaltées sur les écrans. Lorsqu’elle rencontrera J. D , occasion rêvée de s’affranchir d’un univers formaté et cloisonné , son caractère pourra exploser pleinement quand bien même cela doit susciter une déviance sociale pour ce faire.

Ainsi nos deux marginaux décident de supprimer les « nuisibles » en faisant croire à des tentatives de suicides. Pour ce faire ils inventent des lettres d’adieux dans lesquelles ils révèlent un secret et une profondeur fictive insoupçonnés chez les victimes. Par exemple les deux gros machos musclés de service , crâneurs , homophobes et stupides vont passer au yeux de la bourgades pour des gays renfermés et incompris cachant leurs vraies nature . Ce formidable quiproquos engendrera alors moults commémorations et autres larmes poussives par la communeauté. Un spectacle absurde qui fera la joie du couple assassin car plutôt que de glorifier à titre posthume des abrutis en changeant la vérité selon leurs convenances, nos deux lurons le font par pure ironie morbide , juste pour le kiff histoire de pouvoir s’en payer une bonne tranche (et le spectateur avec) comme on dit chez nous.

Un postulat clair et courant avec les thématiques de ce genre à l’époque: L’opposition entre les superficielles et les marginaux. L’incompréhension du monde adulte et le refus d’avenir social , de participer au grand jeu de l’insertion dans la société. Ajoutons un peu de violence et d’esprit trashouille avec le virement meurtrier du couple timbré que constituent Ryder/Slater histoire d’illustrer un bon vieux fantasme du pétage de plomb qui nous habite tous et l’affaire est pliée.

Sauf que sous prétexte de mettre en image l’histoire de deux ados psycho s’adonnant à des meurtres vengeurs immoraux mais jouissifs pour le jeune spectateur en tapant un peu sur les stéréotypes qu’on aime haïr , Daniel Waters va surtout scotcher son public en dépassant cette dimension somme toute basique et verser beaucoup plus loin dans le subversif.

Pour faire simple : Absolument tout le monde en prend plein la tronche . Les sportifs et les pouffes donc mais aussi les geeks , les révolutionnaires à deux sous , les bons et mauvais professeurs , les parents , les policiers , les politiciens , la communauté que représente la jeunesse , l’environnement scolaire et la société dans son ensemble. Même les deux héros en prennent plein leurs grades.

A travers un ton méchant et sans compromis , Lehmann et surtout Waters fustigent l’hypocrisie singulière de nôtre monde érigée en bannière. Fracassant le petit monde des adolescents dans ce qu’il a de plus pitoyable (voir la scène de soirée où les auteurs tirent sur tout ce qui bouge à travers la vulgarité nihiliste de ses personnages) , ironisant à l’extrême la saloperie des individus (l’enterrement d’un des personnages où ses amis ne pensent qu’à leurs pommes alors qu’ils sont censés se recueillir) ou encore en faisant un portrait au lance-roquette du microcosme adulte en surlignant non sans humour et sarcasme la superficialité , l’incompétence et surtout la complaisance dans la victimisation propre à tout ce charmant petit monde.

Un film fun qui divertit son monde avec un fer à souder dans les gencives et qui à le mérite d’aller jusqu’au bout dans ses idées (Le final illustre parfaitement cette logique) sans jamais oublier d’être poignant et intelligent sur ce qu’il traite. On ne peut que regretter la raréfaction de tel bras d’honneurs contestataires dans les teen movie actuels.

Heathers fera un carton aussi bien critique que commercial et deviendra un classique dans son pays.

Pourtant en France la seule chose à se mettre sous la main aujourd’hui c’est un dvd pourri renommé Fatal Games (cherchez pas à comprendre les traducteurs prennent de la coke) avec dessus rien que la VF abominable (j’insiste la dessus elle est vraiment abominable) et rien d’autres.

En attendant une meilleure distribution du film et une édition correcte , n’hésitez pas deux secondes et ruez vous sur ce petit bijou d’humour noir et grinçant ne serait ce que pour encourager une Fuck You Attitude libératrice et maligne devenue trop silencieuse de nos jours. Indispensable.

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