A force d’écrire des articles sur des groupes de hardcore (Trash Talk, Mongoloids), ou assimilés au milieu (Converge, Cave In), j’avais bien conscience de ne pas parler d’un milieu ayant pignon sur rue. Parler de musique, comme disait l’autre, c’est comme danser à propos d’architecture. Le type qui a dit ça avait tort, mais cela veut surtout dire que vous aurez du mal a vous faire comprendre par écrit si vous ne laissez pas les notes s’exprimer aussi. Il m’est donc venu l’idée de faire un historique, et surtout un descriptif, de ce que le mot hardcore sous entendait. Si l’idée intéresse, je serais ravi de me lancer dans d’autre genre musicaux, et de faire profiter ce que je sais à ceux pour qui les termes ne veulent rien dire.
En effet, un genre peut être associer à un groupe pour certaines personnes et vouloir dire l’inverse pour dire. Le lexique musicale étant tiraillé de tout bords par les fans, les musiciens et les journalistes (ou aspirant journaleux), les néophytes ont toutes les raisons de se perdre. Voici donc une petite définition, accompagné de quelques exemples qui, je l’espère, ne feront pas hurler les puristes.
Qu’y a t’il de commun entre Black Flag (1977)
et Converge (2001)
De Black Flag à Converge il y a un écart de 24 années et plus encore de courant musicaux qui ont progressivement amené le terme a être utilisé pour définir deux groupe a la musique totalement différente en apparence. Pourtant, si on ne gardait que les images des musiciens et que l’on enlevait la musique, le rapprochement paraitrait alors beaucoup plus évident. L’intensité, les membres projetés en l’air durant l’interprétation du morceau, la gorge déchiré du chanteur dans laquelle on entends plus que de la technique mais surtout du cœur et des tripes. Pris comme ça la définition est un peu courte et peut aussi très bien convenir a des tas d’autres genres.
En réalité, pour bien comprendre le pont entre les deux morceaux, il faut partir dans les origines du genre et la culture qu’il a engendré. Tout d’abord, comme n’importe quel groupe novateur, Black Flag ne s’est pas automatiquement proclamé groupe de hardcore. Eux faisaient partie du mouvement punk, et si vous demandiez aussi à Jacob Bannon ou à Nate Newton de Converge de quoi se réclame t’ils, ils vous répondraient aussi du milieu punk/hardcore.
Clairement défini aujourd’hui par les encyclopédies et les encyclopédies vivantes de ces mouvement, le punk et le hardcore n’ont d’abord fait qu’un puisque le premier a donné naissance au second. Le hardcore est à l’origine une forme plus radicale du punk. Les paroles davantage hurlés que chantés, la vitesse de la batterie et des riffs de guitare plus lourd. Dans le contexte de l’époque, c’est à dire fin 70/début 80, le hardcore est donc musicalement une version plus extrême du punk.

Ian Mc Kay du groupe Minor Threat
Cet « extrémisme » va se manifester de différentes façons, et pas uniquement dans la musique. Tout d’abord, comme l’explique bien l’article de Wikipedia sur la question, en restant indépendant et en créant des labels pour diffuser leur musique. L’un des plus résistant à l’épreuve du temps, mais absolument pas limité musicalement au genre en question, Dischord, fondé par Ian McKay, ex. Minor Threat et actuel Fugazi, continue de rester fidèle à cette éthique d’indépendance que l’on nomme le Do It Yourself (D.I.Y.) Cette manière de penser est tout droit venu milieu punk bien que l’on puisse du coup se demander ce qu’il y a de Do It Yourself dans des Sex Pistols poussé sur le devant de la scène par un manager génial, Malcom Mac Laren. Il y a une excellente raison pour laquelle tout le monde reconnait très facilement « God save the Queen » des Pistols et seulement une poignée identifiera « Six Pack » de Black Flag. Cela n’a rien a voir avec la qualité de la musique, bien entendu, là n’est pas le propos, mais tout à voir avec la diffusion du message, de la musique et donc de la culture qui va avec.
Une autre illustration de ce que jusqu’au boutisme est le mouvement straight edge. A partir de quelque mot proférés par Ian Mc Kay dans l’une des chansons de Minor Threat, Straight edge, des fans se sont identifiés à ce principe du « Don’t smoke. Don’t drink, don’t fuck. » (je ne fume pas, je ne bois pas, je ne baise pas *) dont ils ont fait une hygiène de vie et même, pour certain, un serment pour la vie, scellé par le tatouage de trois X, symbole du mouvement venu du signe que les videurs inscrivaient sur les mains des gamins trop jeune pour qu’on leur servent de l’alcool dans les salles de concerts. Il y aurait aussi beaucoup a dire sur cette sous culture au sein du milieu hardcore, et pour cause puisque je suis moi-même straight edge depuis un peu plus de dix ans, et sur les variantes qui existe en son sein, mais je préfère en rester à un exemple servant a définir la culture et la musique.

Photo d’un concert de Verse, groupe de hardcore straight edge
Car être indépendant et ne pas boire d’alcool, pour certain, n’est pas la somme de ce qui caractérise le hardcore. Descendant du punk à ses débuts, le genre a ensuite pris de l’ampleur au fur et a mesure des groupes qui ont épousés cette idéale musicale de simplicité des chansons énergiques pour s’orienter vers encore moins de mélodies et des riffs de guitare encore plus lourd sous l’influence du metal. Décrié par certains metalleux comme étant le parent pauvre de ce genre, le hardcore s’est toujours bien distingué du metal de plusieurs manières.
D’une part, une chanson de hardcore, bien que plus intense, fonctionne presque de la même manière qu’une chanson de rock. L’efficacité et de rigueur par rapport au metal dont l’obsession est surtout porté vers des titres épiques et complexes (il suffit de voir la passion d’Iron Maiden pour les histoires raconté, à la fois en musique et dans le texte, pour le comprendre). En revanche, contrairement au rock et au metal qui cultivent tout deux le mythe du guitariste roi a qui l’on passe tout les excès de masturbation sur son manche phallique, les bases du hardcore reposent beaucoup sur la section rythmique. Ainsi, même si des groupes de hardcore « holly terror » comme Integrity balancent des riffs que Slayer pourrait reconnaître comme les siens, le groove de la basse et de la batterie en font quand même des groupes de hardcore.
Ainsi, malgré ce lien avec le metal, le hardcore est davantage une musique physique que cérébrale. Contrairement au metal dont les textes sont surtout centrés sur l’imaginaire et l’évasion (voir les textes de Iron Maiden ou l’obsession du black metal pour la destruction de l’humanité). Le hardcore en revanche base le contenu de ses paroles sur le quotidien et une confrontation avec ce que l’on attend d’eux et ce qu’ils refusent d’être. Enfin, le rythme est davantage appuyé, comme sur les fameuses mosh part que le metalcore s’est approprié. De nombreux « pas de danse » sont interprétés par les membres du public durant les concerts. Des moulinet au two step, les chansons sont constitués de différentes parties qui se prêtent à un mouvement ou un autre. Cette apparente chorégraphie est en fait l’incarnation de la réaction physique des fans à cette musique et à son rythme. La masculinité exulté par le roulement de mécanique et l’intensité des fosses où l’on pratique le Violent dancing participe aussi à l’identité d’une partie de la scène hardcore.

Photo d’un concert des Mongoloids prise par Kastor
Alors quid de Converge? Les riffs n’ont rien de simple, les compositions (car il s’agit de l’enchainement des deux premiers morceaux du magistral Jane Doe) ne suivent absolument pas un format couplet/refrain/couplet et la basse n’est pas très audible sur ces titres (mais beaucoup plus sur d’autres). La réponse rapide du chieur pourrait être « parce que c’est du hardcore chaotique » mais ce serait se foutre de la gueule du monde après avoir autant argumenté dans une certaine unicité du genre.
D’une, si Converge est toujours assimilé au hardcore, c’est surtout à cause de son éthique. Signé sur Epitaph, label de Brett Gurewitz, guitariste du groupe de punk rock Bad Religion, Jacob Bannon, le chanteur du groupe possède le label Deathwish sur lequel il signe bon nombre de groupe de hardcore, et plus si affinités. L’énergie et l’intensité des concerts de Converge, où l’on continue de passer le micro aux premiers rangs pour chanter certaine ligne de texte, une tradition dans les concerts de hardcore, est un autre indice de cette appartenance à ce monde. Donc, bien que le son de Converge soit clairement identifié comme le résultat d’influence de groupe ayant évolué dans le milieu hardcore, tel que Rorschah ou Deadguy (eux même très influencés par Today is the Day, un groupe de … noise rock), leur musique n’est plus si « hardcore » que cela.
Tout ça pour ça donc? Alors c’est quoi le hardcore en réalité? Et bien c’est ce que j’ai décrit au-dessus, et bien d’autres choses encore. Tout les groupes ne se conforment pas à tout les éléments que j’ai décris mais la plupart de ces éléments vont, quand ils sont associés, participer à l’identité « hardcore » d’un groupe et lui permettre de se faire sa place dans ce milieu et cette culture car ce qui prime finalement est peut-être d’avantage le milieu, et l’éthique que respecte le groupe, d’avantage que son respect de tout les traits de caractère musicaux décrit ci-dessus.
La première fois que j’ai vu Ceremony en concert, je me suis étonné de voir autant de fan de hardcore être en ébullition devant ce qui était à mes oreilles une sorte de mélange entre des éléments grind et sludge joués par des punk, en gros rien de très hardcore. Pourtant, à l’écoute des disques, il ne fait pas de doute que Ceremony vient du milieu punk et hardcore. Même si certains traits musicaux vont plus loin que l’héritage de Black Flag, on en revient quand même à des paroles repris en chœur comme des mantras par un public qui se saute dessus pour atteindre le micro, une interaction constante des instruments qui donne autant la parole à la basse et à la batterie qu’à la guitare et une véritable intensité laissant la place aux crissement de distorsion pour cracher plus de haine qu’un album entier de Slipknot.
En guise de conclusion, je vous laisse avec quelque vidéo pour illustrer mon propos.
Have Heart – Armed with a mind (extrait de The Things we carry [2006])
Integrity – Micha (extrait de Those who fear tomorrow [1992])
Unbroken – Razor (extrait de Ritual [1993])
The Hope Conspiracy – Hang your cross (extrait de Death knows your name [2006])
* Ce « je ne baise pas » est a prendre en réaction au « casual sex », les relations sans lendemain, et non dans le désir de vivre comme un moine.


















Chère Morgane, ton article m’a scotché et j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire. Tu as parlé d’un sujet qui est pour moi sensible, et tu l’as vraiment bien fait ! A partager encore et encore !
Petite précision tout de même, l’auteur, c’est moi.
Chère Morgane/Hororo ;)))) ,
bon ok cher Hororo, très belle tentative de définition de genre musical.
Tu commences (j’espère que suite il y aura !) avec un des styles les plus complexes à aborder.
D’autant plus qu’on peut mettre le terme Hardcore à différentes sauces (Techno Hardcore, Hardcore Metal , voire meme porno hardcore qui ne doit pas etre très straight-edge tiens .. ;) )
Tout ca pour dire BRAVO !
C’est dit, j’espère que les gens prendront la peine d’écouter, d’approfondir , de découvrir , et surtout de partager ! !
Merci pour les encouragements. Je pense bien continuer et de faire de temps a autre des articles d’explication comme celui-ci. Ca permettra a certain de découvrir, de se faire une meilleure idée d’une musique ou d’une culture et a d’autre de débattre dans les commentaires.
Désolé Hororo si je me suis adressé à la mauvaise personne (je n’avais pas lu l’auteur), mais je pense que tu as compris le message. ;)
Comme le dis Moonlight666, le Hardcore est un style très complexe à aborder de part ses influences et ses évolutions, mais tu l’as super bien fait. :)
Pas de problème, ton commentaire m’avait fait plaisir de toute façon et c’est le principal. J’espère que tu apprécieras mes autres tentatives de définition.
Très chouette article sur un sujet super vaste, et jamais simple à définir. Je fais tourner !