Hellfest – Dog Eat Dog, ce groupe qui n’a pas su s’arrêter au bon moment

T’es jeune, t’es plein d’énergie et tu te dit « je monte un groupe avec les potes! ».
Alors tu recrutes des amis, tout ceux que tu te trouves. Tu te dis que même si il y a une guitare et une basse, ça ne va pas t’empêcher de rapper, même si tu n’as pas beaucoup de vocabulaire ou un flow intéressant, tu te dis que ça viendra avec la pratique. Et qu’à cela ne tienne que ton guitariste veuille faire du hardcore, il y a ton meilleur pote Jimmy qui joue du saxophone, alors autant lui dire de venir aux répètes !

Le groupe de pote se nomme Dog Eat Dog et commence a composer et sort de quoi faire un EP, assez bien reçu car on est encore au début des années 90 et que le public est encore curieux de la fusion rap / rock, d’autant plus que Rage Against the Machine vient de sortir son premier album. Du coup, les labels suivent le filon et balancent sur le mur tout ce qui contient ces deux éléments tant que ça peut vendre suffisamment d’unité (rappelez-vous, vous n’aviez pas encore de 56k chez vous à cette époque pour écouter rien qu’un titre pompé à la force du poignet sur un quelconque logiciel de peer to peer).

C’est donc en 1994 que sort All boro kings, premier album de Dog Eat Dog, accompagné de clips pour les singles No front et Who’s the king? (qui fait référence à l’affaire Rodney King), les seuls morceaux à avoir pénétrer la tête du grand public, ce que beaucoup ne peuvent se targuer d’avoir accomplis. On a donc du saxophone par moment pour les titres les plus ska, quelque tempos punk et des riffs dans le bon style des groupes associé à la culture skate. De la fusion comme il y en a plein, mais accompagné par un label, Roadrunner, dont la distribution garanti une excellente diffusion de la musique sur des chaines musicales, même en France, et une présence des disques en magasin.

Seulement voilà, 1994, c’est l’année de sortie du premier album de Korn, et même si il n’aura pas un succès immédiat, le buzz gronde et amène la fusion rock et rap à une autre dimension qui fait partiellement oublier au public les rimes de cours d’école et les refrains punk de ce premier album. Pour autant, Dog Eat Dog ne perd pas l’espoir et va continuer a sortir des disques. Un suivant en 1996 tente de capitaliser sur le succès d’All Boro Kings et invite Ronny James Dio et RZA du Wu-Tang Clan, chacun sur un titre (la rencontre sur une même chanson aurait pu être amusante). Ce disque, vous le verrez trainer dans bacs à soldes très facilement, de même que le troisième album du groupe, Amped, sorti en 1999, dont le single tentait de raviver la bonne humeur Californienne dans la Fusion, avant que les textes énervés de l’Amérique white trash de Fred Durst (Limp Bizkit) ne deviennent la norme dans ce genre consanguin que l’on nomme le rapcore.

Pas de succès pour autant. Ce qui nous emmène en 2006 à une signature chez Nuclear Blast, signe d’une petite baisse d’un cran en terme de diffusion et du manque d’intérêt que Roadrunner peut avoir aujourd’hui pour un groupe de fusion, et la sortie de Walk with me, à la pochette torché,dont je n’aurais absolument pas entendu parler jusqu’à aujourd’hui.

Entre temps, j’ai quand même eu l’occasion de voir le groupe en concert, lors du festival de Dour, car il n’y avait rien d’autre à voir, et aussi parce que je me souvenais des singles du premier album, acheté d’occasion début 2000 après qu’Amped m’ait rappelé l’existence du groupe. On était en été, je marchais dans les rue en chantant les refrains de ce disque distrayant, et je m’amusais de la simplicité de ce disque. Après cela, je ne pourrais même pas vous dire ce que j’en ai fait. Revendu, donné, perdu? Aucune idée, et c’est un peu pour cela que je me suis forcé à la main à voir ce groupe sur scène.

Comme je pouvais m’y attendre, le groupe se comporte comme une bande de Californien avec l’attitude d’un groupe dix ans plus jeune. Les visages accusent un peu le poids des années, mais l’enthousiasme n’est pas assez feint pour que le charme ne fonctionne pas quelques minutes, le temps de voir le groupe jouer ses classiques. Il devient ensuite évident qu’aucune de leurs chansons n’a jamais atteint le même succès auprès du public car rien ne les différencie de la floppée de groupes de punk à roulette, chanteur / « rappeur » ou non. La prestation devient alors presque douloureuse à regarder et je n’ai pas supporté d’en voir plus, préférant contempler de loin d’autres scènes, que de continuer a subir le spectacle d’un groupe qui vit encore sur deux chansons sympathiques. Tout comme Scorpions l’année dernière, Dog Eat Dog a été payé pour venir jouer au Hellfest ses singles au milieu de tout ses autres titres dont personne n’a rien à faire, mais contrairement à eux ils ne repartiront pas avec un gros chèque. Il aurait fallu s’arrêter plus tôt les gars,, mais il n’est pas encore trop tard pour déclarer forfait. Vous aurez au moins laissé un refrain entraînant dans la playlist des radios.

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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