Jaga Jazzist – Jazz, électro, rock ou l’art de te retourner la tête

Il est encore possible, quand on se tient autant informé de l’actualité musicale que moi, de se manger de grosses surprises dans la tête. Chose faite avec Jaga Jazzist, un combo de dix têtes norvégiennes venus à la Flèche d’Or pour interpréter leur savant mélange de jazz, de rock progressif et de nappes électronique. On vous présenterait le truc par un schéma papier que vous galéreriez a comprendre de quoi ils retournent. « Quoi?! Ils font jouer dix types ensemble avec des influences… chelou (interlude : est ce qu’on dit encore « chelou » de nos jours?) et tu vas me faire croire que tu ne te fais pas chier pendant… attends… deux heures de concerts?! ». Oui, je vais vous le faire croire parce que je l’ai vu, je l’ai entendu, je l’ai vécu et j’en redemande.

Je pourrais passer sur la première partie car je n’en ai pas vu grand chose. De là où j’étais assis me parvenait des bouts de post et de math rock joué avec tout le calme et la propreté des premiers de la classe, un peu trop bien élevé, qui ne voudrait surtout pas déranger ce qui a été crée par leurs ainés. Kafka, de ce que m’a dit un camarade rencontré sur place, jouait auparavant une sorte de rock progressif très influencé par King Crimson. Franchement bon à leurs débuts, ils ont ensuite pris un tournant pour le moins douteux, quoi que toujours très bien joué, que j’ai donc découvert ce soir. Les crescendos montent, montent et puis s’arrêtent sans trop savoir où aller. Je n’en dirais pas plus car ce serait malhonnête de ma part. Disons, pour résumé, que pour un groupe du genre, Kafka se débrouille très bien, mais ne m’a pas excité ou même intéressé. J’en attendais peut-être plus?

Et le plus viendra justement de la tête d’affiche. Dix musiciens pour encore plus d’instruments, puisque pratiquement tous se payent le luxe d’en maitriser au moins deux. La palme revient toutefois à Lars Horntveth dans les mains duquel passèrent un saxophone, une guitare, une flute traversière et un instrument a corde pincé dont je ne connais pas le nom (si quelqu’un peut m’aider, je lui en serait reconnaissant). Maitrisé un type d’instrument, à corde ou à vent, c’est une chose, mais maitriser les deux, s’en est une autre!

Or, la force de Jaga Jazzist n’est pas seulement de maitriser beaucoup d’instrument, mais de faire groover le tout sans jamais tomber dans la grosse branlette. Oh oui, regarde comme je joue bien, tralalilalala. Franchement, on s’en branle de si tu joues bien quand t’es sur scène. Tu peux impressionner deux secondes la galerie et les fans de techniques, mais le reste du public, il veut voir des morceaux efficaces, il veut que ça swingue, il veut entendre un truc mémorable, un putain de punch efficace qui ne se résume pas a aller super vite sur son instrument. Jaga Jazzist c’est l’anti branlette, le groupe au groove monstrueux qui te fait découvrir une épaisse collection de morceaux et d’influences sans jamais te lasser. A peine avais-je montrer des signes de fatigue, à cause de la chaleur et de la fatigue, qu’un nouveau tournant me faisait remonter et captait toute mon attention. Du grand art allant de rythmes très rock/metal progressif, de plans post rock ou d’un solo de trompette absolument magique, conclut par une petite touche de distorsion extrêmement bien placé.

En deux heures de concert, pas un regret d’être debout dans la chaleur de la Flèche d’Or, pas une envie de partir boire un verre d’eau, pas envie de louper un moment du spectacle. Les mélodies font mouches, soulignés par l’action conjugué du clavier, du trombone et du tubas, joué par la seule femme du groupe, actuellement enceinte d’ailleurs, et soutenu par le jeu imparable d’un batteur à la sensibilité jazz mais à la frappe metal. Je dois d’ailleurs m’appesantir sur celui-ci tant son jeu m’a bluffé toute la soirée. Je me demandais souvent si ce que j’entendais de si régulier venait d’une rythmique enregistré ou de sa frappe. A un moment j’ai d’ailleurs pensé à un break électronique pour me tourner vers lui et le voir interpréter le rythme en question en alternant sur sa caisse clair et une cymbale crash avec une facilité déconcertante… alors qu’il se tenait debout!

C’était là ma première approche de ce groupe, dont on m’avait pourtant à de nombreuses occasions vanté les mérites, et je pourrais encore en parler pendant longtemps, mais je finirais par emmerder le monde et tomber moi aussi dans la branlette que j’exècre. Je conclurais juste en applaudissant encore une fois la performance remarquable de ce groupe incroyable pour mieux vous encourager a venir prendre votre tarte musicale dans la gueule à leur prochain passage.

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.
  1. 30 mars 2011 à 16:29 #

    clairement de la grosse tuerie ce groupe, j’irais les voir la prochaine fois qu’ils passent !

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