[Live Report] Portishead organisait sa soirée et vous y étiez conviés

Portishead,, Company Flow, PJ Harvey, DOOM (aka MF DOOM) et une brochette d’artistes à découvrir pour la première journée, autant accepter. Je ne possède que l’album de Dummy de la tête d’affiche, et n’ai jamais été trop porté sur leur style, mais l’invitation qu’ils ont portés à des artistes qui me sont aussi cher, comme Company Flow, peut-être l’un des groupes de rap qui a eu le plus d’influence sur moi, et l’opportunité de revoir MF DOOM, m’ont décidé à prendre mon billet pour la première journée de concert à l’Alexandra Palace. La deuxième journée, pour information, avait toujours pour tête d’affiche Portishead, mais avec autour des artistes tels que les Swans (après leur passage à Paris) ou le duo unique de Stephen O’Malley (SunnO))), Burning Witch, Khanate) et d’Alan Moore (Watchmen, Top 10, la Ligue des Gentlemens Extraordinaires), Godspeed Youu, Black Emperor! ou Grinderman.

A mon arrivée, Black Roots est déjà sur scène. Formation historique du reggae made in england, les basses frappent fort à travers les murs à l’extérieur de la salle mais sont beaucoup plus doux et groovy à l’intérieur. L’alternance entre les trois voix des chanteurs soutient les mélodies qui portent leur succession de morceaux. Peu amateur du genre jusqu’à encore très récemment, je ne connais donc que très peu de chose de cette culture et de sa musique. Pour autant, si j’ai bien appris ma leçon de me focaliser sur la basse plutôt que la guitare (l’erreur basique du fan de rock qui croit écouter l’instrument le plus important), je me suis plus laissé porter par les voix plutôt que la basse dont les lignes ne sont pas ressortis clairement à mes oreilles comme exceptionnels. Mes jambes n’ont par contre pas attendu que mes oreilles leur donnent la mesure et se sont donc enclenchés dans un petit mouvement de va et viens bien agréable en attendant de rejoindre DOOM sur la scène principale.

Point besoin de courir par contre puisque celle-ci se trouve juste à côté et supporte parfaitement le poids de l’acoustique de sa voisine pour que les deux salles ne se gênent pas mutuellement. DOOM va donc profiter de l’opportunité pour encourager l’ingénieur du son a monter encore plus les basses qu’il juge bien trop faible. Sa première prestation parisienne m’avait laissé sur ma faim avec un ticket à 40 euros pour a peine plus de minute sur scène. Bon concert ceci dit, mais la note m’était resté au travers de la gorge. Plus tard, en Dj set pour un concert en mémoire de Roc Raida des X-Cutionners, le bonhomme ne voulait plus partir de scène après deux heures passés à diffuser une sélection de ses instrumentaux. Attente mitigé donc mais finalement satisfaite par un concert fait de hits extraits de tout ses disques. Beaucoup de Madvillain en introduction, puis un peu de Mmm…food, Operation doomsday, Born like this (Gazillionnaire, Ballskin) et de King Geedorah (dont le fameux Take me to your leader). Rien de bien différent par rapport au concert parisien de l’année passée mais un rappel beaucoup plus franc avec en guest une chanteuse soul dont l’album solo, produit par DOOM, vint accompagner un titre non identifié (et présenté comme étant très ancien) et interpréter un extrait en duo avec le super vilain masqué. Toujours aussi bedonnant, et toujours accompagné d’un MC au ventre encore plus chargé, DOOM commence a se faire à l’expérience scénique et donne des concerts de plus en plus à la hauteur de son immense talent studio.

Ensuite, le concert de The Books change totalement d’ambiance avec leur projection d’extraits vidéos récupéré on ne sait où (vielles cassettes de démonstration, souvenirs de vacances jetés à la poubelle) qu’ils accompagnent de chant, dont les textes sont ajoutés en surimpression sur les projections, et de guitare, violoncelle et violon. Entre présentation artistique et composition solide, le trio (seulement pour le live, le violon n’étant pas un membre permanent de la formation) interprète de belles compositions qui ne me toucheront pas particulièrement mais suffiront a maintenir mon attention assez longtemps pour n’avoir que des éloges à leur faire, à défaut d’avoir été conquis par leur mélange original.

La troisième découverte scénique de la journée vient ensuite sous la forme d’une ravissante femme tout de noire vêtue en habit victorien, PJ Harvey. Bien que le nom me soit famillié depuis longtemps, je n’avais encore jamais prêté une oreille attentive à sa musique. L’erreur fut donc réparé dans le meilleur contexte qui soit. Accompagné de ses musiciens, cette femme à l’âge indistinct possède une voix digne d’envouter les cœurs perdus, et ils furent nombreux dans la salle a reprendre en chœur ses paroles. Curieusement, ce sont d’ailleurs les titres les plus repris par le public qui me plurent le moins. Parfois plus proche du pop rock, son talent s’épanouit beaucoup plus quand son timbre se fait plus sombre. Je risquerais même à faire un rapprochement avec Nick Cave et ses Bad Seeds mais sous une forme beaucoup plus légère et gracieuse que les compositions dramatiques de l’australien.

Puis, c’est enfin le tour de l’attraction principale de la journée. Non, pas Portishead, mais la reformation de Company Flow. El-P, Big Jus et leur Dj Mr Len, le trio auteur de l’un des meilleurs disque de rap des années 90, Funcrusher plus, l’un de mes préférés, et l’influence d’un bon paquet de rappeurs à placés du côté de la bannière indépendante et arty. Décrit dans le magazine Metro local comme des abstract hip-hoper, Company Flow a toujours refusé une étiquette de ce genre préférant se voir comme un simple groupe de rap. Leur musique a pourtant marqué au fer rouge l’imagination et valait donc un déplacement obligatoire pour profiter de cette reformation providentiel pour seulement une date londonienne avant de repartir dans leurs directions respectives, chacun ayant une carrière solo plus ou moins active.

Seul problème, les platines de Mr Len ne semblent pas marcher. Six bonhommes s’activent autour de l’instrument et ne semblent pas y venir à bout jusqu’à ce que vingt minutes se passent et que la victoire puisse être déclaré. Le concert peut donc débuter sur un remix de Bad touch example, suivit du parfait Population control et de bien d’autres morceaux, plus deux inédits à mes oreilles. L’interaction entre les deux MC s’est un peu atténués avec le temps et si El-P n’a pas pris de distance avec la scène et continue de rapper avec un flow implacable, le micro de Big Jus mange une partie de ses mots. Mr Len trépigne derrière ses platines et fait tourner la boutique avec entrain, allant même sur le dernier morceau à rejoindre ses potes et à filer une tape sur l’épaule de Big Jus qui fera perdre momentanément au MC son micro. Des trois il est celui qui a pris le plus de distance avec les projecteurs et il ne semble pas mécontent d’être de retour même pour très peu de temps. Autre moment notable du concert, l’utilisation d’un podium pour qu’El-P puisse déclamer un petit rap contre le patron du label qui a failli les empêcher d’exister. Dommage pour lui, dix ans plus tard, CoFlow est toujours là, sous une forme et une autre. Le public, bien moins dense que pour PJ Harvey semble être constitué seulement de connaisseur, et à la demande de El-P, beaucoup ne sont venu que pour voir CoFlow. C’est donc avec déception que le set doit être écourté à cause des problèmes de platine, mais pas avant qu’un membre du staff ne fasse signe au groupe de terminer, chose qu’ils refusent pour conclure leur set avec 8 steps to perfection. Cinquante minute pour prendre son pied et dire au revoir à un groupe mythique. Trop court, frustrant… mais on était là, on a écouté, on a repris les paroles, et on s’en souviendra pendant longtemps.

Photo par Steve Asenjo (wearthetrousers.com)

Après ce moment tant attendu, le concert de Portishead est un petit plus pas désagréable qui dirige mes pas de nouveau vers la grande scène. En train d’interpréter un titre non identifié de Dummy, le seul album que je connaisse d’eux, la formation a pris place sur toute la longueur de la scène et l’obscurité naturelle a envahit la place. Incapable de m’avancer un peu plus, la large salle est presque entièrement remplis d’un public attentif à la présentation des morceaux devant des projections d’ambiance ou de court film d’animation ou en prise de vue réel. Je ne tarde toutefois à sentir la lassitude prendre le dessus. J’ai beau ne trouver aucun défaut à la présentation, elle ne me captive pas, pire, elle m’ennuie ! Que les fans se rassurent, Portshead vaudra bien le déplacement. Mais pour moi qui n’est qu’un simple spectateur de passage, je n’y trouve rien. Contrairement à PJ Harvey dont la présence scénique m’a immédiatement charmée, Beth Gibbons me parait être une sculpture superbe représentant la douleur, l’abandon, faite pour être admirée mais impossible a capter. Un peu déçu par ce constat, je repars donc du festival avec le plaisir d’avoir enfin vu Company Flow et apprécié une belle après-midi de musique dans un cadre exceptionnel. Acoustique parfaite, organisation tranquille et Pepsi à 1£50 (je n’ai pas demandé le prix de la bière) j’y remettrais les pieds avec plaisir si l’invité de marque de l’année prochaine fait d’aussi bon choix.

Tags: , , ,

Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

Répondre