Meshuggah ou la réinvention du metal moderne

Mon premier concert metal fut en compagnie de Meshuggah (« la folie » en yididsh)en 2005. Depuis, plus de passage sur Paris, ou même en France. Une tournée européenne avec The Dillinger Escape Plan annulé et ensuite, aucune nouvelle d’une envie quelconque des suédois de venir jouer en France. Alors si tu ne viens pas à La Palisse, La Palisse viendra à toi et j’ai traversé les kilomètres jusqu’en République Tchèque pour aller les voir lors du Brutal Assault, excellent festival en soi, à la programmation varié, que je recommande fortement aux amateurs de metal extrême.

Cinq ans plus tard, ce concert m’a fait redécouvrir l’amour que je porte à ce groupe, ainsi que son originalité. Les disques peuvent suffire pour s’en convaincre, le concert finit cependant le travail et enfonce la certitude d’écouter un phénomène qui n’a rien à voir avec le reste de la production metal. Programmé vers la fin du festival, après trois journée de metal, écouté de près ou de loin, les structures syncopés groovent et écrasent avec grâce comme autre groupe existant. Acclamé par un public de metalleux européen, Meshuggah a tout à la fois la puissance d’un groupe du genre et rien de son immobilisme.

Interviewé dans le magazine Noise, Tomas Haake, batteur de la formation, affirmait lui-même se sentir plus proche de compositeurs d’I.D.M. (Intelligent Dance Music) comme Autechre ou Squarepusher. Tout comme le duo anglais d’Autechre, les suédois sont d’ailleurs faussement comparés à des équations mathématiques tant leur musique parait oblique et chaotique.

Mécanique, la musique des deux formations l’est toutefois dans une forme de symbiose entre l’homme et la machine. Choisit comme mode d’expression le plus approprié de concept futurisco philosophique, les textes écrit par Haake renforce l’impression de dissolution des codes du metal dans une fournaise de concept autrement plus concepts et étranger à une musique construite sur un héritage de rébellion adolescente. La voix de Jens Kidman ne possède pas de trace de rage ou de colère comme l’on trouve communément dans des groupes de metal extrême. C’est un instrument de narratif et sonique qui complète l’assaut sonore et lui donne une forme humaine.


Meshuggah _ Rational Gaze
envoyé par doommy. – Regardez la dernière sélection musicale.

« Where’s the true knowledge – Where engines of the sane and insanity merge. The clarity. The unity »

Peu de clips représentent aussi bien la musique qu’ils illustrent et celui de « Rational gaze » fait donc exception avec les formes allongés et rétractés que l’image impose aux musiciens. Les riffs paraissent eux même contorsionnés, obéissant à des règles rythmiques sorties de nulle part. Or, ce nulle part se retrouve surtout dans l’influence qu’ont eux le rock progressif (le guitariste Marten Hagström affirmait dans un article du magazine Terrorizer être fan de Rush) et le jazz sur le groupe.

Agissant comme un organisme structurant et à part dans les morceaux, les rythmiques crées par Tomas Haake sont toutes aussi fascinantes que celle des guitares. Enfin, les solis de Fredrik Thordental puisent leur inspiration dans ceux de John Coltrane avec leurs notes, tantôt allongés, tantôt accélérés, voguant entre les signatures rythmiques, à l’instar du célèbre saxophoniste dont l’inspiration flamboyante emmenait son souffle toujours plus loin. Ainsi, à l’instar des musiciens du genre, il réinvente ses solos lors de leur interprétation live.

La polyrythmie, les solis de guitare saxophoniques, la musique de cyborg, ça nous amène bien loin de l’influence première de Meshuggah qui était pourtant Metallica. D’un groupe de thrash à une révolution sur patte, ces quatre suédois figurent dans le vocabulaire metallique des journalistes en quête d’un comparatif pour expliquer la musique de groupes usant de rythmiques un peu étrange. L’originalité de la musique de Meshuggah va toutefois plus loin qu’un simple groupe de travail autour d’une théorie musicale quelconque. Leur univers sonore réinvente les règles du genre qui les a nourris et fournit de nouvelles armes à des centaines de groupes, inspirés ou non par leurs créations, pour rendre la musique lourde toujours plus surprenante.


Meshuggah – New Millenium Cyanide Christ
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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.
  1. Nash
    18 août 2010 à 03:46 #

    Meshuggah c’est comme Wolverine, c’est le meilleur dans sa catégorie.

    Une approche saxophoniste dans les solo certe , mais faut pas oublier l’influence ultra présente d’Allan Holdsworth que Thordendal n’hésite pas à revendiquer dans ses divers entretiens.

    Sinon , je te rejoint sur le clip qui illustre parfaitement le son du groupe. (a tel point que même la couleur est pertinente , j’ai sentie cette couleur verdatre propre a nothing avant même d’avoir vu une seul image.)

  2. 18 août 2010 à 11:36 #

    J’avoue ne jamais avoir entendu parler du guitariste dont tu me parles… en fait, je ne crois pas avoir lu d’interview avec Thordental pour être franc. Les trois autres larrons principaux sont ceux qui reviennent toujours dans les interviews que j’ai lu. Faudra donc que je creuse de ce côté la.

    Pour la couleur je suis aussi d’accord. C’est d’ailleurs amusant que la couleur du clip soit aussi celle de la pochette quand il a été réédité dans une version finale qui convenait mieux au groupe (avec plus de basse).

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