Only Living Witness – Etre le seul témoin de la grandeur d’un groupe

Selon Quincy Jones, la réussite d’un album sur une équation composé de 33% de talent, 33% de chance et 33% d’intervention divine. Cette équation semble être tout aussi valable pour expliquer la réussite commerciale d’un groupe quand on constate le nombre de groupes talentueux dont personne n’a jamais entendu parler en dehors de certains milieu très spécifique. Le début des années 90 a donc vu naître des dizaines de groupes qualifiés de metal hardcore de par la somme des influences contenu dans leur musique et dont les disques se retrouvaient aux quatre coin de chaque genre, mais dont les fans étaient presque exclusivement issu du milieu hardcore. Starkweather, l’un de mes groupes favoris, perdure depuis une vingtaine d’année sans que leur musique puisse être rattaché à un domaine précis et pourtant leurs albums continuent d’être surtout connus dans le milieu hardcore. Le même sort est réservé à Overcast, maintenant devenu culte depuis que ses membres, et leurs influences, se sont dispersés dans des machins a fric comme Shadows Fall et Killswitch Engage. Only Living Witness est aussi de cette liste et c’est sur eux que j’aimerais m’attarder.

Découvert il y a trois ans pendant mon stage de fin d’étude, je cherchais de quoi m’occuper les oreilles pendant mon travail et eu la bonne idée de faire une recherche sur ce nom dont j’avais entendu parler depuis quelque temps. Leur chanteur, Jonah Jenkins, est le membre le plus reconnu du groupe pour avoir collaboré avec Converge sur le titre Grim heart/Black rose de l’album No heroes. Il a aussi fondé un side project hardcore au nom mémorable, Raw Radar War, et chanté pour un groupe mélangeant riffs stoner et tempo punk, Milligram. Le nom d’Only Living Witness m’était donc resté en tête pendant tout ce temps sans que je me préoccupe d’écouter ce qu’il en retournait. La bonne pensée au bon moment, un clic et me voilà sur leur page myspace, crée par un fan, pour écouter December et me rendre compte de l’erreur que j’avais commise de ne pas écouter plus tôt leur musique.

Erreur toutefois très vite réparé puisque à la faveur de ma pause, je me dirigeais vers un magasin de disque pour rechercher leur album et trouver la réédition de Prone Mortal Form et d’Innocents dans un même package pour seulement 10 euros. Leur label, Century Media, avait décidé de ne pas laisser trainer l’opportunité de continuer a rentabiliser les productions d’un de ses secrets les mieux gardés, en espérant peut-être que les faveurs tardives de la presse pour ce groupe finirait par payer et leur donner un second souffle. Peine perdu de ce que j’ai pu constater jusqu’à présent, et peine surtout incompréhensible vu la qualité des deux albums.

Bien qu’associé au milieu metal hardcore, Only Living Witness se démarque de suite de par la voix unique de Jonah Jenkins. Chris Cornell de Soundgarden et Audioslave, et Eddie Vedder de Pearl Jam possède tout deux des voix du même genre. La chaleur qui s’en dégage leur donne une impression de familiarité tout en propulsant les mélodies avec une énergie parfaite pour un groupe de rock plus saturé que la moyenne. Les riffs d’OLW proviennent par contre très nettement du milieu metal hardcore avec leur rythmique sèche et leur puissante écrasante suffisamment pour plaquer une foule sur le même rythme. Le contraste entre mélodies et riffs saturés rappellent bien entendu Life of Agony, autre groupe issu de la scène hardcore de New York, doté d’un chanteur à la voix planante, suintante d’émotion, celle de Keith Caputo.

La différence majeur entre OWL et LOA est toutefois très facile à distinguer: l’un dégage une chaleur accueillante, dispensant une énergie faite pour élever les foules, tandis que les mélodies de Life of Agony sont remplis du malaise de leur chanteur. Peut-être est ce aussi là l’une des marques de la scène hardcore dans le son d’OLW. Pourtant, les musiciens qui ont un jour formés ce mélange de riffs metal soutenus par une rythmique hardcore et une voix entre grunge et stoner, venaient d’un groupe de thrash au son typique de la Bay Area, Formicide. C’est à la rupture de cette formation, dont la production entière a été réédité sur le label de Andrew, seul scribe de l’excellent blog Aversionline, et archiviste incomparable de la musique saturé sous pratiquement toutes ses formes.

Toutefois, si le point de départ de OLW a été le thrash pour ensuite passer au metal hardcore, leur son a très vite évolué vers un stoner énergique compacté par une énergie rock typique d’un groupe qui s’est toujours seulement nourri de quelque bière, sans jamais avoir tiré sur un joint pour composer. Un croisement de style et d’influence retenu sous une étiquette qui ne leur convenait pas à une époque où personne ne regardait dans le Massachusetts pour un mélange de mélodie et de saturation. a croire que la dépression vend mieux que l’émotion aussi sincère, mais simplement moins torturé, d’un groupe dont les albums sont pourtant remplis de titres destinés à devenir des standards. Une écoute suffit au premier riff de Prone mortal form ou au refrain de December pour les fredonner pendant des années. Quand à Downpour et Total particle reversal, si vos poils ne se hérissent pas sous l’effet d’un fort courant électrique en écoutant les riffs de ces poils, alors vous pouvez être déclaré comme mort sur le champ !

Cela me parait donc toujours étrange de voir que ce groupe reste encore inconnu même du public restreint des aficionados de stoner ou de rock saturé, dans son sens le plus large. Pour en revenir donc à l’équation du début, il est bien évident qu’un groupe n’est rien si la presse ne se jette pas sur lui et ne lui trouver un angle d’attaque. Or, dans Only Living Witness, il n’y a pas de scène à défendre, pas de traumatisme a mettre en gros titre, juste de très bonne chansons. Évidemment, ce n’est pas suffisant, et c’est donc pour cela que vous trouverez très facilement leurs albums chez des disquaires un poil spécialisés. Il y a des groupes comme ça dont les albums partent plus lentement que d’autres, ne provoquant jamais un ras de marée mais seulement un air d’approbation discret de ceux qui savent envers tout ceux qui restent encore à convaincre. Only Living Witness est de ceux là, destinés à n’être connus que de peu mais à satisfaire au centuples toutes les personnes qui les trouveront.

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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