Deux changements d’éditeurs et trois relances, Powers pourrait passer pour un titre que l’on s’efforce de faire bouffer au lecteur avec des évènements éditoriaux quelconque (à la Youngblood, une série enfin devenu lisible avec Joe Casey au scénario) alors que c’est tout le contraire.
Le changement de maison d’édition était d’Image à Marvel, donc du petit au grand, pour la simple et bonne raison que Brian Michael Bendis est le scénariste attitré de l’univers Marvel depuis plusieurs années et qu’il a juste choisit de mettre ses œufs dans le même panier en rejoignant Icon, un label crée pratiquement pour lui (et Kabuki de David Mack) afin d’abriter des projets personnels sortant des parutions classiques des histoires de super héros Marvel (un Vertigo like donc).
Quand aux divers relances, elles témoignent de la vitalité du titre dont l’évolution constante transforme la vie de son personnage principal, l’enquêteur de police Christian Walker. Accompagné d’une nouvelle équipière dans ce troisième volume, il continue d’enquêteur sur des crimes commis par des super héros ou des super vilains, alors que lui-même vit une double vie sous un masque et doté d’un pouvoir dont il n’à que faire. Souvenez-vous de Spiderman : Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Walker vit le même drame que Peter Parker à ses débuts, à la différence que Parker n’a pas eu à faire face à une loi contre les héros costumés et les détenteurs de pouvoirs. Ou presque. Civil War, ça vous dit quelque chose?
Pourtant, Bendis ne cuisine pas le même plat qu’il sert à ses lecteurs dans ses écrits sur New Avengers. Les quelques points communs que l’on pourrait trouver entre l’univers de Powers et le reste de l’univers Marvel s’arrête à la couverture montrant des profils typiques d’inspecteurs de police à l’intérieur duquel un immeuble aux fenêtres remplis de spectateurs pointant du doigt le ciel, la posture classique de la personne fascinée par le passage d’un héros costumé, volant dans les airs,. Le mélange des genres est alors déjà apparent en filigrane : Enquête de police et super héros. Si les personnages n’ont, et n’usent pas de pouvoirs pour résoudre leurs enquêtes, ils vivent dans un monde où la présence d’être volant non identifié est quotidienne et fout un boxon pas possible dans des enquêtes déjà épineuse.
Prenez un meurtre, ajoutez y des super pouvoirs et vous avez déjà une journée de travail garantis de vous foutre une migraine du feu de dieu. Saupoudrez d’une double vie, de dialogue piquant et d’un dessin mêlant habilement l’esthétique du Silver Age (l’âge bénis des super héros) et le noir d’encre des rues d’une grande ville américaine, et vous avez de quoi faire de ce titre l’un des plus indispensable publié aujourd’hui par Marvel. D’apparence minimaliste, le trait de Michael Avon Oeming est a sa place sur ce titre et demande surement un peu d’habitude quand on associe le monde des comics book avec des personnages à la plastique parfaite. Similaire à Tim Sale dans l’emploi des jeux d’ombres, l’efficacité d’Oeming se perçoit dans l’énergie de ses pages, son découpage propice aux dialogues en mitraillette, faisant feu par saccades, de Bendis, et à la fusion intégrale de l’histoire de son illustration.
Powers ne peut vivre sans l’un ou l’autre de ses créateurs, alimentant depuis dix ans un monde qui continue d’être propice à l’accueil de nouveaux lecteurs, malgré toutes les intrigues développés par ses auteurs, et d’être le produit d’une passion communicative.
















