« Ce soir c’est jump’s ! Lève toi d’ton strapontin tête d’ardoise »
Ce soir, enfin lundi dernier, c’était la pré-écoute du nouvel album du « Jaguar Gorgon » aka JoeyStarr.
Baptisé « Egomaniac » la bêbête arbore une tête d’enfant en couverture et un sigle « interdit aux – de 16 ans », parce que Mr Starr ne fait pas de la musique de pré-ados mais du constat d’urgence en mélodies (dixit l’intéressé sur le plateau d’On n’est pas couché présenté par sieur Ruquier).
Commençons par la fin en fait. JoeyStarr a passé une tête et a failli en mettre une en arrivant au studio. En cause, un son qu’il a qualifié de « froid et métallique » et bien éloigné de la création chaude et ronflante qu’il a créée avec son frère Claude, également présent ce soir là. Très calme, il n’a pas pour autant caché sa déception à l’écoute de plusieurs titres, remerciant les personnes s’étant déplacées.
C’est donc en prenant en compte cette donnée que j’émettrais quelques critiques qui pourront ne pas apparaître lors de votre écoute. Le principal tort que j’aurais à faire est le manque de clarté dans les paroles et l’abondance de mediums rendant le tout assez uniforme.
Ce constat passé, on peut dire que l’album entre en profondeur dans les cages à miel et s’apprécie véritablement que remonté et plein d’énergie. Adieu la petite écoute au coin du feu ou à minima au bureau dans vos écouteurs dernier cri.
Sombre et agressif. C’est ainsi que je décrirais l’album, avec une voix profonde du mc et des petits airs de ressemblance avec le dernier album de Casey, « Libérez la Bête » (ce qui m’a permi de découvrir un free entre eux deux et le bien nommé Polo). Le beat est souvent lent et bien installé, JoeyStarr n’hésitant pas à sampler ses précédentes créations, perso & NTM confondus. Un moyen d’installer ses gimmicks et de valider son statut d’icône peut être.
Assumant son passage en prison comme acte de création et donnant lieu au 2ème titre et premier single « jour de sortie », JoeyStarr enchaine les featuring. A côté des classiques Oxmo Puccino, Nathy ou Degom on retrouve plus étonnement un interlude de Olivier Besancenot et un sample repris à sa sauce de Nicoletta dans la chanson Mamy Joey Starr.
Joey aurait-il le blues ?
Visiblement oui, contre la machine française, l’état et son système à deux vitesses. La plupart des textes, clairs ou sous couvert de métaphores sont plutôt orientés dans cette direction. Actes de résistance, vie des banlieues, fluctuation de l’argent et inégalités sociales reviennent souvent au court des tracks et les refrains lancinant s’ancrent les uns après les autres dans la tête de l’auditeur.
Entre deux appels, Joey balance un On N On porté sur la fête et l’alcool, plutôt déjanté et clachant les clichés de cette « culture urbaine ». Dans Faut s’lever, petit trait de génie dans une mélodie cartoon avec un très sympathique « bon c’est pas tout ça, où t’as mis les clés du cheval ».
JoeyStarr n’aime pas être jugé (avec ou sans tribunal) et semble se complaire dans cette attitude faussement idiote du révolté qui a des choses à dire. Et il le fait plutôt bien.
En bref, un disque coup de poing d’un type révolté qui a été franco dans la production de son disque, autant dans l’écriture que sur les rythmiques souvent fortes en basses. A écouter les jours de coups de gueule !

















