Retour d’Ulver en France et nouveau triomphe au Trabendo

Me demander de donner une vision un tant soit peu objective d’un concert d’Ulver est tout simplement impossible tant je suis devenu un fidèle du groupe, et plus particulièrement de leur performance. Je les ai d’abord suivis en République Tchèque au Brutal Assault Festival, en 2009, pour voir leur deuxième concert depuis leur transformation en groupe d’avant-garde. Puis, se fut Londres est le Queen Elisabeth Hall et enfin la Cigale et le Hellfest pour leur deux passages en France. Avec ce concert au Trabendo, j’en suis donc à cinq expériences. Cinq concerts, tous aussi fantastique de différentes façons, pour un groupe que je n’aurais jamais imaginé voir un jour donner des représentations de leurs compositions.

La constitution d’une unité d’élite en concert composé du Dj Ole Aleksander Halstensgård des Paperboys, un groupe de rap norvégiens, de When à la batterie, dont les disques en solo sortent sur le label du groupe, Jester Records, et de Daniel O Sullivan, nouveau membre à part entière, au clavier, à la basse et à la guitare, les représentations de Ulver se sont transformés de retranscription fidèles à des réinterprétations par un groupe de plus en plus soudés. L’arrivée de War of the roses était donc à la fois le symbole d’un tournant dans la carrière live et studio du groupe puisqu’un nouveau musicien était venu apporté sa touche mais aussi que les morceaux étaient maintenant pensés avec une représentation scénique. Le groupe aurait donc pu décider de prendre une direction moins complexe pour se reposer sur les talents des musiciens qui les entourent aujourd’hui.

Avec quelques questions en tête, le public rentre dans la salle du Trabendo où l’on peut voir déjà le matériel du groupe et de la première partie, Zweizz et son cabinet posé sur une table. Figure importante de la scène black metal progressive au sein de Fleurety, et avant dans Dodheimsgard, Zweizz présente ce soir un concert noise pour le moment décousu et inintéressant fait de grésillement noise et de soubresaut rythmique suffisant pour me remuer l’estomac mais pas assez pour en faire une performance mémorable. Les WC posé sur scène lui serviront d’abord pour communiquer avec le public, puisqu’une caméra était placé dedans, ce qui en soit est amusant… jusqu’à ce qu’il commence a hurler dedans, comme si il cherchait a se faire vomir, pour finalement y poser son derrière, nous montrer son trou de balle, et s’éclipser de scène. Performance raté si ce n’est pour avoir fait sourire une partie du public, ce qui n’était surement pas son intention.

Ce soir, Ulver présente son dernier album et n’interprétera que celui-ci, et non plus une collection de titres de leurs albums précédents. Le concert suivra donc l’ordre de l’album que personne ne connait encore, en dehors des quelques impatients qui se sont jetés sur le rip disponible depuis hier. Seul le premier morceau, February MMX, avait été donné aux fans pour les faire patienter. Ce dernier donnait l’impression d’un passage vers la pop fine et racé de Pulp grâce à des compositions plus denses et plus courtes, ainsi que le jeu au piano de Daniel O’Sullivan.

Le reste du disque, tel qu’on la découvert durant son interprétation, conserve toutefois les structures épanouis des disques précédents et ne cède pas à la mélodie trop efficace. Les musiciens travaillent toujours aussi bien les textures et l’on peut penser parfois à Perdition city ou à Shadows of the sun dans cette mélancolie toujours aussi présente. Les projections aident aussi à accentuer cette impression avec des paysages de campagnes dévorés par les flammes, ou l’image d’une maison d’où s’échappent, ainsi que du sol, des globules rouges qui viennent colorer en pourpre un ciel gris. Les clés de lecture sont donnés mais de manière imagés et il faudra encore du temps pour tout synthétiser, autant dans ces compositions que dans leur présentation. L’ajout de Daniel O’Sullivan, véritable équilibriste musicale puisqu’il jouera de trois instruments ce soir, et cela les uns à la suite des autres durant parfois le même morceau, se ressent de manière évidente dans les touches de piano qu’il interprète et sur lequel sa patte est inévitable.

Le seul reproche a faire à cette soirée fut dans l’enchainement des titres, et plus particulièrement du dernier. Chacun étant interrompu par des pauses silencieuses permettant aux musiciens de préparer le titre suivant, la bonne tenue de la présentation de ce nouveau disque aurait été amélioré par des plages sonores pour créer un lien entre les titres. Ainsi, lors du dernier titre, extrêmement ambiant, sur lequel O’Sullivan récite le texte Stone angels, de Keith Waldrop, reproduit d’ailleurs en intégralité dans un livret à l’intérieur du vinyle (seul format disponible, pour l’instant, pour ce nouvel album, à un prix de 22 euros), l’épaisse montée ambiante qui l’accompagnait aurait eu plus de puissance si elle avait fait directement suite au morceau précédent. Reste quand même qu’en se laissent aller dans la projection d’images ralentis de monolithe en train d’exploser, on pouvait aisément se perdre dans cette conclusion à un concert sublime fait de nappes électroniques, de mélodies suaves et puissantes et de compositions qui empruntent à toujours autant de style que je serais bien incapable d’en faire une liste exhaustive. Hallways of always, de Perdition city, sera interprété en guise de rappel, dans une version augmenté par le jeu de chaque musiciens y apportant sa touche, pour finalement nous laisser au bout d’une heure de concert. Toujours aussi courte mais toujours aussi complète, les prestations d’Ulver ne laisse sur leur faim que dans la perspective où elles sont bien trop rares pour un groupe aussi essentiel.

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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