A moins de vivre dans une grotte loin de toute civilisation, vous n’avez pas pu passer à côté du récent tapage médiatique qui a accompagné la sortie du premier album de Lana Del Rey. Enfin, premier, pas tout à fait, puisque la jeune femme avait déjà enregistré un premier album de bonne facture, sous le nom de Lizzy Grant. Les médias s’en donnent à coeur joie : critiques sur sa métamorphose physique, descente en flèche de ses prestations live, accusations de plagiat, rumeurs d’annulation de sa promo française suite à un accrochage sur le plateau du Grand Journal…Pendant ce temps, loin de toutes ces polémiques, moi j’écoutais et réécoutais Born to die. Car oui, autant le dire tout de suite, je me range sans hésitation dans la catégorie des pro-Lana, et je l’affirme haut et fort : j’aime cet album.
Il n’est pas peu dire que je l’attendais ce Born to die, me jetant sur chaque titre dévoilé sur le net, tous aussi bons les uns que les autres. Et l’attente a été à la hauteur de mes espérances, bien qu’il y ait tout de même quelques déchets. L’album débute fort avec les quatre titres qui ont fait connaître Lana :
Off to the races : le son résolument hip hop m’avait un peu déstabilisée à la première écoute. Certes, on sentait l’influence de ce genre musical dans les autres titres de Lana mais pas à ce point. Vers la fin, les violons font leur apparition et donnent une dimension très romantique au morceau;
Born to die : une ballade où l’on retrouve là encore beaucoup de violons. Je me souviens avoir trouvé ce titre un peu ennuyeux au départ, puis au fil des écoutes, j’ai été conquise;
Blue Jeans : une chanson lascive à souhait, où Lana Del Rey réussit la prouesse de faire une chanson pop et vénéneuse à la fois;
Video Games : la voix grave de la chanteuse fait merveille sur ce titre magique qui nous donne l’impression d’être à une autre époque.
La découverte de l’album à proprement parler débute donc avec la cinquième piste Diet Mtn Dew. Enfin oui et non, car c’est en réalité avec cette chanson que j’ai découvert Lana Del Rey cet été. Sauf que la version de l’album est tout autre. Là j’ai un peu l’impression d’entendre un mélange infâme entre la version démo et le titre (Holy Matrimony) Letter to the firm de Foxy Brown et son sample de Isaac Hayes. Bref, je ne saurais trop vous conseiller d’écouter la première version de ce morceau. Bref, je me dis que si tout le reste de l’album est de la même trempe, il y a de quoi s’inquiéter.
Heureusement il n’en est rien : National Anthem et son air d’hymne national décalé, très hip hop là encore, vient relever le niveau. Puis vient Dark Paradise, et le soufflé retombe un peu : ce titre n’est pas foncièrement mauvais, mais le mélange beats hip-hop + violons vire ici un peu à la caricature. On enchaîne avec Radio, un morceau que j’aime bien, façon pop song, où « la vie a un goût de cannelle », qui vient un peu comme un rayon de soleil dans l’univers assez sombre de Lana. Carmen, le morceau suivant, est sans doute mon préféré : l’atmosphère mélancolique et romantique qui se dégage de la musique de l’artiste atteint ici son apogée et le pont chanté en français Mon amour, je sais que tu m’aimes aussi/Tu as besoin de moi/Tu as besoin de moi dans ta vie/Tu ne peux plus vivre sans moi/Et je mourrais sans toi/Je tuerais pour toi achève de donner une dimension dramatique à cette chanson qui me transporte vraiment dans un autre monde chaque fois que je l’écoute.
L’album se termine sur trois bons morceaux : Million Dollar Man, où la comparaison de Lana Del Rey avec Nancy Sinatra prend tout son sens, Summertime Sadness, le morceau préféré de la chanteuse et This is what makes us girls aux accents girly pop. Il existe une version Deluxe de l’album avec trois bonus tracks : Without you est une ballade qui a au moins le mérite de ne pas jurer avec le reste de l’album, Lolita est horrible on dirait une chanson qui n’aurait pas été retenue pour un album de Britney Spears. Pour finir, Lucky ones est relativement insignifiante.
Avec son premier album, Lana Del Rey impose son style, un mélange de ballades mélancoliques et de sonorités hip hop (à ce propos, c’est Emile Haynie, qui a travaillé par exemple avec Snoop Dog, Ghostface Killah, AZ, Ice Cube, Raekwon et Eminem, qui a produit la quasi intégralité de l’album), la rencontre entre l’âge d’or hollywoodien et la bling bling attitude. Les textes parlent majoritairement d’amour, ça ne vole peut-être pas toujours très haut, mais ça me parle (moi et mon côté romantico-niais). Le tout servi par une voix qui sait se faire tantôt grave, tantôt mutine.
J’ai vraiment du mal à comprendre la virulence des critiques à l’encontre de Lana Del Rey. Cet été, quand elle a commencé à faire le buzz sur le net, tout le monde l’adorait. Et à la sortie de l’album, ceux qui l’avaient portée aux nues se sont mis à l’incendier. Pourtant, Born to die est dans la lignée des singles qui l’ont précédé, Lana Del Rey n’a pas changé de style musical du jour au lendemain. Il est indéniable qu’objectivement, certaines vidéos qui ont circulé sur le net prouvent que le live, ce n’est pas son truc à Lana. Du reste, elle l’a elle-même avoué dans plusieurs interviews, notamment dans l’entretien accordé aux Inrocks. La comparaison avec Rihanna m’a choquée. Non mais sérieusement, est-ce que ceux qui affirment un truc pareil ont écouté une chanson de Rihanna récemment ? Ok, je veux bien admettre que certains titres de Lana Del Rey sont un peu mainstream mais il ne faut pas déconner, elle n’a rien à voir avec Mademoiselle-je-ponds-un-album-par-an qui ne fait plus de musique décente depuis belle lurette. S’il faut vraiment faire une comparaison, c’est plutôt du côté de Nicole Atkins qu’il faut chercher je pense.
Vous l’aurez compris, cet opus est donc pour moi une réussite. A voir comment l’artiste peut évoluer, notamment niveau live. Enfin aux dernières nouvelles, c’est plutôt mal barré puisqu’elle a déclaré au NME qu’il était possible qu’elle n’enregistre plus d’autre album. So, Lana Del Rey : the end or to be continued ?




















