Snapcase – Design for automotion (Victory Records) 1999

Mes premiers pas dans le hardcore, et plus précisément dans sa culture, je les ai faits avec Snapcase. Snapcase m’a fait découvrir le hardcore et le straight edge et ont donc eu une influence majeure sur moi. Le hardcore ni le straight edge ni Snapcase n’ont toutefois décidé pour moi ce que j’allais faire de ma vie ou comment j’allais la vivre mais ils m’ont encouragé en partie à vivre comme je l’entendais. Le straight edge, pour ceux qui l’ignore, est un mode de vie associé à la culture hardcore où l’on décide de ne pas boire d’alcool, de ne pas prendre de drogue et … d’être fidèle à sa copine.

Si cela ressemble à un mode de vie d’ado c’est tout à fait normal puisque celui-ci a été imaginé par Ian McKaye dans les paroles de la chanson du même nom quand il faisait partie de Minor Threat. Ecrit en réaction aux punks qui ne pensaient qu’à s’auto-détruire, « Straight edge » était l’expression d’un gamin dégouté par ce qu’il voyait et décidé à ne pas tomber dans les mêmes travers. Depuis, de nombreux groupes ou de simples fans ont décidé de suivre la même voie (McKaye s’est par-contre complètement détaché de ce mouvement) avec plus ou moins de rectitude.

Snapcase en revanche semble avoir vécu son allégeance au mouvement straight edge comme celle d’une discipline de vie tout en tolérant les décisions de ceux qui les entourent. Preuve en est, l’article qui m’a fait découvrir Snapcase portait sur une tournée où le groupe tournait avec Avail, un groupe de punk dont l’attitude est à l’exact opposé de celle de ces texans de Buffalo (le bassiste d’Avail avait pour tradition de se faire faire des tatouages ridicules comme celui d’un gamin en train de se faire traiter chez le dentiste).

Snapcase n’est donc pas un groupe radical mais ouvert comme le prouve très bien ce disque. Fortement influencé par Helmet, leur hardcore dégage autant d’énergie qu’un disque de modern jazz tout en déployant des riffs anguleux accentués par des mélodies dissonantes n’atteignant cependant jamais le même degré de maitrise noise / free jazz que les leads de Page Hamilton. Comme si Have Heart avait été croisé avec le Helmet des débuts, si l’on peut me permettre ce bel anachronisme.

Contrairement à Helmet où les paroles ont un intérêt très annexe, celles de Daryl Taberski forment l’impact émotionnel de cette musique à la croisée du hardcore et du noise rock. « You need to find a way to make yourself live » (« Energy dome ») ou « Ambition now ! Deception down ! » (en conclusion « Ambition now ») sont des paroles qui ont marqué mon adolescence à une époque où ma vie commençait à enfin prendre un sens dans le tout nouvel univers de la faculté de psychologie où je m’étais inscrit. Plus qu’un ensemble d’interdictions, le straight edge est d’abord une manière de s’extérioriser et de montrer que l’on peut vivre de la manière que l’on désire. Snapcase en est la preuve et ils ont parfois fait les frais, même dans la communauté hardcore, quand ils se sont fait agresser par une partie du public lors d’un concert alors qu’ils leurs demandaient d’être moins violent (l’Allemagne et le hardcore, toute une histoire …).

« Designs for automotion » reste encore aujourd’hui un classique tout aussi énergique et possédé d’un enthousiasme communicatif qu’au premier jour, sans jamais prêcher une église particulière. Peu de groupes peuvent aujourd’hui être comparés à Snapcase et c’est donc un plaisir de les voir revenir jouer quelques concerts en Europe, en espérant qu’ils poursuivent leur aventure arrêtée à l’issue d’un album tout aussi personnel et encore plus éloigné du hardcore, « End transmission ».

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Auteur:Mathieu Lubrun - Hororo

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge. Chroniqueur rock depuis 2004 sur Eklektik-rock, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Alcoolique de concerts et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie.

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