Tomboy – Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ?

Dans Naissance des Pieuvres, son premier film, la réalisatrice Céline Sciamma se penchait sur les affres de l’adolescence, l’éveil à la sexualité et les troubles qui vont avec. Quatre ans plus tard, elle reprend plus ou moins les mêmes thèmes pour son deuxième long métrage présenté dans la section Panorama au 61eme Festival de Berlin, en s’intéressant cette fois à la période de la pré-adolescence.

Laure a 10 ans et est un vrai garçon manqué : cheveux très courts, vêtements sportswear…Ses parents venant d’emménager dans un nouveau quartier, elle doit se frotter à l’épreuve souvent difficile de se faire de nouveaux amis. Jusque-là rien de très original. Mais lorsqu’elle fait connaissance avec ses petits voisins, Laure se présente en tant que Michaël…Personne n’y voit que du feu, et pour cause : pendant les 20 premières minutes du film, le doute plane au point que le spectateur ne peut se prononcer avec certitude sur le sexe de l’enfant. Tout est fait pour maintenir l’ambiguïté : ainsi pendant cette première partie, les parents ne prononcent jamais le prénom de leur fille. Bon, évidemment je savais qu’il s’agissait d’une fille et non d’un garçon parce que j’avais lu le résumé avant d’aller voir le film. Mais quand même, sur le moment j’avoue que je me suis demandée si je n’avais pas mal lu.

Le film suit son cours avec tous les passages obligés du genre : la petite fille qui se scrute scrupuleusement dans le miroir de la salle de bain, vérifiant que sa poitrine ne commence pas à pointer, l’épreuve du maillot de bain et une utilisation un peu spéciale de la pâte à modeler afin de palier le manque de l’ attribut masculin, la scène du baiser avec Lisa, la petite fille tombée sous le charme de Michaël, qu’elle trouve si différent des autres garçons (et pour cause)…A tout moment on se dit que la supercherie va être découverte, on stresse pour Laure car son mensonge sera forcément révélé au grand jour, sachant que la rentrée scolaire approche à grands pas et que tout ce petit monde va se retrouver dans la même classe… Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser à une version light de Boys don’t cry (Kimberly Peirce, 1999, je rassure les foules, la fin de Tomboy ne va pas aussi loin) ou encore à Ma vie en rose (Alain Berliner, 1997) où la situation était inversée, le petit garçon se faisant passer pour une fille.

 

Contrairement à un Naissance des Pieuvres très stylisé, avec une utilisation intensive d’electro en guise de bande originale, apportant un petit côté branchouille mais finalement un peu artificiel au film, ici pas d’effets particuliers de mise en scène ce qui finit par donner un peu l’impression qu’on est en train de regarder le téléfilm du mercredi soir sur France 2. On peut saluer le parti pris de la réalisatrice de ne pas tomber dans le dramatique, mais malgré son sujet prometteur, le film reste finalement assez tiède et fade, bien en deçà de ses prédécesseurs (cf paragraphe ci-dessus). Par ailleurs, aucune réponse n’est apportée aux questions qu’on se pose tout au long du film :  en se faisant passer pour un garçon, Laure a-t-elle agi sur un coup de tête ou est-elle en proie à un mal-être plus profond ? Les parents ne réalisent-ils vraiment pas ce qui se passe sous leurs yeux, et même ne vont-ils pas jusqu’à encourager le côté masculin de leur fille ? Selon moi, la réussite du film réside dans la relation touchante entre Laure et Jeanne, sa soeur de six ans. Celle-ci, adorable et incroyablement mature pour son jeune âge, se rend compte du manège de sa soeur mais ne juge pas et devient complice de son mensonge. Et chapeau au casting dans son intégralité, parfait de bout en bout.

Un film au sujet intéressant, porté par de jeunes interprètes touchants et justes, que personnellement j’aurais préféré un peu plus mordant. Un bon film français, mais pas inoubliable.

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Auteur:MS

Après avoir sévi sur la blogosphère quelque temps, elle avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus. Et puis un appel à candidatures de la part de la Fille du Rock l'a décidée à sortir de son silence 2.0 pour faire partager son avis sur l'actualité culturelle du moment. Fonctionnant au coup de coeur, ses chroniques sont plus basées sur un ressenti personnel que sur des considérations technico-techniques, puisqu'elle officie ici en tant que simple amatrice d'albums et de films de qualité. Assez éclectique sur le plan musical (ne vous attendez quand même pas trop à ce qu'elle vous parle d'electro ni de musette), elle a un faible pour les voix féminines et lorsqu'elle va au cinéma elle aura tendance à choisir un petit film indépendant plutôt qu'un blockbuster américain.
  1. 17 mai 2011 à 12:22 #

    Je te trouve un poil sévère !
    esthétiquement, le film est à mon sens vraiment bien filmé, les cadrages maîtrisés et les plans choisis avec justesse. Bien loin d’un documentaire donc.
    Concernant le côté « fade et tiède », je ne pense pas que le film ait vocation pleinement à répondre aux questions mais plutôt à en poser. De toute manière, je pense qu’il est difficile de définir la psychologie d’une personne de 9ans et d’en expliciter tous les comportements.
    Les parents, loin d’encourager, ont l’air au contraire désemparés et même atterrés du comportement de leur fille (surtout la mère). Mais c’est vrai, le film aurait pu aller plus loin dans les réponses.
    M’enfin, bien qu’un brin contemplatif, un excellent film je trouve !

  2. 17 mai 2011 à 12:50 #

    Pour la technique, je ne peux que m’incliner devant toi, tu t’y connais largement plus que moi.
    Pour le reste, tu as sûrement raison, mais je suis un peu restée sur ma faim, je pense que j’attendais autre chose.
    Perso, les parents je les ai trouvés un peu légers sur le sujet, mais difficile de savoir comment on réagirait dans ce genre de situation.
    Ceci dit, c’est vrai qu’en relisant ma critique, je trouve que je donne une image plutôt négatif du film, alors qu’au final j’ai bien aimé. Mais contrairement à toi, je ne l’ai pas trouvé excellent.

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