En cherchant sur la toile des informations sur El diablo je n’ai strictement rien trouvé qui puisse alimenter ma chronique. Il faut donc que je m’en retourne à mon impression personnelle sur ce moment d’histoire. Apparemment, si l’on en croit les quelques biographies que j’ai parcourues, El diablo ne serait qu’un chapitre dans l’histoire de Will Haven, seulement souligné pour être le premier disque du groupe après un EP « bien accueilli » par la critique qu’ils disent.
Mais d’abord qu’est-ce-que Will Haven? Le groupe d’origine de la plupart des membres de Ghostride. Ca c’est un fait que nous avions établi précédemment. Mais en dehors de cela, qui est Will Haven? Inutile de tourner autour du pot, il n’y a pas de Will Haven. Par contre, il y a Grady Avenell, chanteur / hurleur, Jeff I
rvine, guitariste, Mike Martin, bassiste et Wayne Morse, batteur. Will Haven n’est que le nom d’emprunt de ce quatuor, et cela pour aucune raison particulière. De même, si l’on en croit une vielle interview réalisée par le magazine Kerrang! à la sortie de leur troisième disque, les noms des chansons n’ont généralement que peu d’importance. Bon nombre sont nommées par le bassiste et n’ont pas de rapport avec les paroles (« Dolph Lundgren » sur l’album Carpe diem, par exemple). En revanche, sur El diablo, deux des morceaux les plus importants de l’album sont nommés à partir de phrases clé des paroles de Avenell.
Celles-ci sont entourées de mystères, gonflées de métaphores personnelles à l’auteur. Tout aussi cryptées soient-elles, elles s’insèrent pour autant dans une narration liée à la musique. Ainsi, quand Avenell annonce « I’ve seen my fate » durant ce même morceau, juste avant que les instruments ne reviennent tels un tsunami de distorsion visant à recouvrir et écraser le chanteur, la signification de cette phrase ouverte devient beaucoup plus précise. De même, « Climbing out this bottle », scandé avec une frustration croissante sur un instant d’apaisement troublé ne fait pas de doute quand aux sentiments dégagés par Avenell.
Pour autant, Will Haven n’est pas un groupe dont le seul moteur est la rage et la frustration. Tout dans Will Haven respire la vie et l’humanité sous toutes ses facettes. La colère y est illustrée mais aussi la détermination, la dépression et l’apaisement. Le contraste entre les paroles et les lignes mélodiques dissonantes d’Irwin établit la tension, elle-même centrée autour d’une influence noise rock mélangée à la catharsis tribale et terrifiante de Neurosis.
De plus, Will Haven est originaire de Sacramento, ville natale des Deftones dont ils sont des amis et avec qui ils ont partagés plusieurs tournées. Comme eux, leur musique baigne dans une mélodie étrange où l’ombre et le soleil de la Californie s’affronte. La différence majeure tient dans leurs chanteurs respectifs. Moreno exaltant la sensualité, Avenell se déchirant dans un climat de tension constante. Cool et énergique, la musique des Deftones était faite pour les projecteurs tandis que celle de Will Haven, sorte de sludge californien, se révèle dans l’obscurité et les rais de lumière qui la transpercent. Le climat d’introspection créé par les textes de Avenell, les riffs à la fois apaisés et écrasants d’Irvin eux-même lacérés par la frappe sèche de Wayne Morse et par les morsures de la basse métallique de Mike Martin. Chaque membre du quatuor a son mot à dire, car le sens n’a pas, ou peu d’importance. Tout est dans les sentiments et c’est ce qui fait d’El Diablo un album fantastique et de Will Haven un groupe unique.
















